Syrie : Outre la gestion de l’aéroport d’Alep, le projet aérien inédit officialisé avec l’Arabie saoudite

Après quatorze années de conflit dévastateur et la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, la Syrie entame une phase cruciale de sa reconstruction économique. Alors que les sanctions américaines ont été levées, les nouvelles autorités de Damas se tournent vers leurs partenaires régionaux pour financer les infrastructures vitales. Dans cette dynamique, l’Arabie saoudite vient d’officialiser un engagement massif touchant plusieurs secteurs stratégiques, marquant une étape décisive dans la normalisation des relations économiques entre les deux pays.

Selon les informations rapportées par Al Jazeera, ces accords couvrent l’aviation, l’énergie, l’immobilier et les télécommunications. Talal al-Hilali, chef de l’Autorité syrienne de l’investissement, a dévoilé samedi les contours de ce partenariat qui vise à transformer le pays en un carrefour régional.

**Une enveloppe de 2 milliards de dollars pour les aéroports**

L’investissement le plus significatif concerne le secteur aérien. Le ministre saoudien de l’Investissement, Khalid al-Falih, a annoncé que le fonds Elaf, récemment lancé pour financer des projets d’envergure avec le secteur privé saoudien, allait engager 2 milliards de dollars (environ 7,5 milliards de riyals saoudiens). Cette somme est spécifiquement destinée au développement de deux aéroports dans la ville d’Alep, poumon économique historique du nord de la Syrie.

En parallèle de ces infrastructures au sol, une nouvelle compagnie aérienne verra le jour. La compagnie à bas coûts saoudienne Flynas et l’Autorité de l’aviation civile syrienne ont signé un accord pour créer « Flynas Syria ». Cette nouvelle entité, détenue à 51 % par la partie syrienne, devrait débuter ses opérations au quatrième trimestre 2026.

**Télécommunications et gestion de l’eau**

Au-delà du transport, la modernisation numérique est au cœur des priorités. Abdulsalam Haykal, ministre syrien des Communications et des Technologies de l’information, a indiqué que le secteur des télécoms bénéficierait d’investissements proches d’un milliard de dollars. Le projet phare, baptisé « SilkLink », prévoit la pose de milliers de kilomètres de câbles pour renforcer la connectivité entre l’Asie et l’Europe via le territoire syrien.

Le ministère syrien de l’Énergie a également conclu un accord avec ACWA Power, géant saoudien spécialisé dans la production d’électricité et le dessalement de l’eau, pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable.

**Réactions internationales et prudence des analystes**

Ces annonces ont été accueillies favorablement par Washington. Tom Barrack, l’envoyé américain pour la Syrie, a salué ce rapprochement sur la plateforme X, estimant que ces « partenariats stratégiques » contribueront de manière significative aux efforts de reconstruction.

Cependant, certains observateurs invitent à la mesure. Benjamin Feve, analyste principal au cabinet de conseil Karam Shaar, souligne que ces accords ont, à court terme, une portée « bien plus politique qu’économique ». Il rappelle que le gouvernement syrien a fait l’objet de critiques l’année passée pour avoir multiplié les promesses de développement basées sur des engagements écrits qui peinent parfois à se concrétiser en contrats contraignants.

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