Depuis le début du mois de février 2026, une atmosphère de suspicion et de surenchère règne sur les plateformes sociales sénégalaises. Dans le sillage d’une affaire judiciaire récente ayant conduit à plusieurs interpellations, une nouvelle dynamique comportementale s’impose aux internautes masculins, redéfinissant les codes de l’interaction en ligne.
Le climat sur les réseaux sociaux a brusquement changé de tonalité. Suite à l’arrestation de plusieurs individus dans un dossier de mœurs largement commenté, une réaction épidermique traverse la communauté numérique. La crainte d’être assimilé aux personnes mises en cause pousse une partie des utilisateurs à adopter des postures radicales pour lever toute équivoque sur leur orientation.
Selon nos confrères de Kawtef, cette tendance se cristallise autour du concept de « deger » (« dur »). Ce mot d’ordre, devenu viral, incite les hommes à afficher une virilité exacerbée à travers leurs publications. Vidéos, statuts et commentaires sont désormais calibrés pour prouver une masculinité conforme aux attentes sociales, transformant les profils personnels en espaces de justification permanente.
Le phénomène prend une tournure plus inquiétante avec l’implication de certains créateurs de contenu. Ces derniers alimentent la psychose en diffusant ou en menaçant de divulguer des listes de personnes présumées homosexuelles. Cette menace de « déballage » installe une forme d’autosurveillance généralisée : chaque geste, chaque apparence ou chaque silence est susceptible d’être interprété et jugé par le tribunal de l’opinion en ligne.
Cette pression sociale intense interroge sur la nature des normes imposées dans l’espace numérique. En réduisant la masculinité à une performance publique basée sur l’apparence et la démonstration de force, cette tendance occulte les valeurs de responsabilité et d’authenticité, contraignant les individus à jouer un rôle pour échapper à la vindicte populaire.