Sous la menace d’une expulsion de Gaza, le type de données confidentielles réclamé par Israël qui a uni huit ONG dans le refus

Dans un contexte où le système de santé de l’enclave palestinienne est quasiment anéanti, un nouveau bras de fer oppose l’administration israélienne aux acteurs humanitaires internationaux. Alors que l’accès aux soins et aux vivres demeure critique pour la population civile, plusieurs organisations non gouvernementales font face à un ultimatum administratif qui conditionne leur maintien sur le terrain. Au cœur de cette confrontation, une exigence de transparence formulée par Tel-Aviv se heurte à un refus catégorique des humanitaires, invoquant des impératifs de sécurité non négociables.

Huit organisations internationales, dont Médecins du Monde, Première Urgence Internationale et Action Aid, ont notifié leur refus de se plier aux nouvelles directives d’enregistrement imposées par les autorités israéliennes. Ces structures rejoignent ainsi Oxfam et Médecins Sans Frontières (MSF) dans une fronde commune, rapportée par Al Jazeera. Cette décision collective intervient alors qu’Israël a retiré, le 1er janvier, les licences de 37 organisations d’aide, arguant d’un manque de coopération.

Le point de rupture réside dans la nature précise des informations réclamées par le ministère israélien des Affaires de la diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme. Au nom de la « sécurité et de la transparence », les ONG sont sommées de fournir non seulement les copies des passeports et les CV de leur personnel, mais également les noms des membres de leurs familles, y compris ceux de leurs enfants. Pour les organisations concernées, cette demande franchit une « ligne rouge absolue ». Un porte-parole de Première Urgence Internationale a souligné que la transmission de telles listes « mettrait potentiellement en danger la vie de notre personnel ».

Les inquiétudes des humanitaires s’appuient sur un bilan lourd : depuis octobre 2023, plus de 550 travailleurs humanitaires ont été tués dans la zone, dont 15 membres de MSF. L’organisation médicale, qui gère 20 cliniques et assure 20 % des lits d’hôpital à Gaza, a reçu l’ordre spécifique de cesser ses activités d’ici le 28 février. MSF a expliqué son refus de transmettre les noms de ses employés par l’incapacité des autorités israéliennes à fournir des « assurances concrètes » garantissant la sécurité des données et des personnes.

Cette impasse administrative soulève des craintes quant à la création de structures de substitution. James Smith, médecin urgentiste volontaire cité par nos confrères, redoute qu’Israël ne mette en place des « organisations pseudo-humanitaires » sous son contrôle total, citant le précédent de la Gaza Humanitarian Foundation. La situation sécuritaire reste par ailleurs volatile, comme en témoignent les récents raids aériens ciblés. Pour l’heure, sur les 37 groupes contactés, dix ont confirmé leur refus de collaborer sous ces conditions, tandis que l’International Rescue Committee tente de maintenir le dialogue pour préserver l’acheminement de l’aide vitale.

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