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Sommet Afrique France : Une nouvelle stratégie diplomatique de contournement irréfléchie*

Le sommet Afrique-France se tient à Montpellier ce 08 octobre avec comme invités d’honneur, des membres de la société civile africaine en lieu et place des Chefs d’Etats et de gouvernements du Continent.
Bien entendu, j’ai toujours exprimé le souhait que ce type de rencontre soit abandonné au profit de sommets Afrique-Europe qui présentent mieux en termes de symbole.

Pourquoi cette inflexion notée chez les participants ? Parce que la France inquiète se cherche après plusieurs stratégies diplomatiques qui se sont soldées par des échecs ; parmi elles, l’approche souterraine consistant à influencer de manière discrète les Etats à travers les organisations politiques et économiques multilatérales, « la diplomatie de la loterie » sous Hollande qui cherchait à toujours miser concomitamment sur les deux facettes contradictoires d’un même problème ; la nouvelle stratégie du contournement du Président Macron qui consiste à miser sur d’autres relais autres que les Chefs d’Etats et de Gouvernement en place entre dans une phase d’institutionnalisation.

Un constat à ce stade : le Conseil Présidentiel pour l’Afrique mis en place en Août 2017 par Monsieur Macron et constitué en grande partie par des membres de la Société civile africaine a manifestement échoué dans ses missions à savoir réécrire une nouvelle histoire franco-africaine ; Je ne suis pas sûr que la société civile invitée à Montpellier puisse faire mieux tant les difficultés sont nombreuses. En effet, les échecs diplomatiques sont patents et se traduisent par une perte d’influence évidente de la France sur le Continent. Les principaux baromètres en sont : une présence russe de plus en plus préoccupante, un intérêt marqué pour le Commonwealth de la part de certains pays fascinés par la trajectoire du Rwanda, une défiance accrue des élites par rapport à l’approche francophone, mais aussi une perte de part de marché de plus en plus significative au plan économique.

Bref, les objectifs diplomatiques et géopolitiques français de maîtrise du « Sahara » avec les interventions au Mali et de « l’Equateur » avec celles en République Centrafrique ne peuvent plus être objectivement atteints.

La nouvelle stratégie diplomatique française semble à l’analyse reposer sur trois visions. La première est géopolitique et consiste à montrer que la France demeure une puissance politique et diplomatique qui compte, en dépit de ses problèmes économiques. La deuxième est d’ordre économique puisque l’hexagone cherche par tous les moyens à composer avec les influenceurs du Continent pour accroitre ses parts de marchés. La troisième vision est communicationnelle et procède d’une volonté de séduire les opinions publiques africaines en mettant en avant l’argument de la restauration des libertés.

Une chose est sûre. Cette stratégie ne vient pas ex nihilo et semble fortement inspirée par le fameux rapport  du Quai d’Orsay titré « L’effet pangolin »qui avait fuité en pleine pandémie de covid. Ce rapport recommandait à l’Exécutif français de privilégier en Afrique quatre nouveaux types d’interlocuteurs qui façonnent les opinions publiques  à savoir les autorités religieuses crédibles, les diasporas, les artistes populaires locaux et les hommes d’affaires.

Cette nouvelle stratégie du contournement est tout simplement inopportune, peu respectueuse des Etats africains et évidement contreproductive.

En effet, elle est « institutionnalisée » à un moment où la France subit de plein fouet de larges critiques en Afrique avec un sentiment antipathique très profond. Elle intervient dans un contexte de forte turbulence avec l’Algérie et le Mali, deux acteurs importants de la crise du sahel mais aussi à un moment où une opinion publique africaine très large rumine encore sa colère devant le rôle que Paris est supposé avoir joué dans la succession présidentielle peu démocratique au Tchad et dans la confusion née du lancement de la monnaie commune de la CEDEAO, l’ECO.

Elle traduit une défiance par rapport aux institutions démocratiques librement choisies et envers les personnalités qui les incarnent.

Bien entendu je parie qu’elle sera inefficace pour plusieurs raisons.

Premièrement la France n’a toujours pas posé le bon diagnostic qui consiste à
s’interroger sur sa responsabilité historique dans ce qu’elle semble considérer comme une “illegimité” des Etats et essayer de corriger sa part d’erreur. La clé de la solution n’est pas de contourner maladroitement des Etats officiels légitimes mais bien de contribuer au respect des constitutions et de la volonté populaire, d’éviter de perpétuer des situations de collusion et de connivence  préjudiciables aux intérêts  supérieurs des populations francophones.

Deuxièmement, l’Hexagone doit enfin réaliser que son modèle de développement économique n’a pas été très efficace sur le Continent. Les rares pays qui s’en sortent bien au plan économique – Rwanda, Nigeria  Ghana, Afrique du Sud, Botswana,   Kenya, Ile  Maurice – sont des anciennes colonies ou protectorat britanniques. Les Britanniques ont su tourner la page en laissant leurs anciennes colonies à l’apprentissage des questions liées à la gestion économique. La jeunesse africaine, séduite par le monde anglo-saxon, continue toujours de réclamer plus de transparence de sincérité et de pragmatisme dans les rapports franco-africains.

Troisièmement, il est clair qu’à moyen et long terme, cette nouvelle stratégie du contournement pourrait engendrer des risques d’instabilité sociale chroniques. L’option consistant par exemple à faire du lobbying auprès des leaders religieux charismatiques pour atteindre le double objectif consistant d’une part à obtenir une légitimation populaire et d’autre part à obtenir par leur pression sur les détenteurs de pouvoirs des dividendes économiques est contreproductive. Ces derniers en effets pourraient être discrédités rapidement par les masses à force d’afficher leur sympathie à une “puissance ” qui cherche juste à manœuvrer  pour préserver ses intérêts.
Apres avoir contribué à la désagrégation de nos Etats et à la mise en lambeau de notre tissu économique, il faut tout faire pour éviter que les derniers maillons sociaux stables ne soient désintégrés à leur tour par cette nouvelle approche diplomatique française qui pourrait créer une situation chaotique.
La Société civile africaine devrait faire très attention et s’abstenir de soutenir et encourager cette stratégie du contournement que la France cherche à institutionnaliser laquelle ne protège en aucun cas, les intérêts du Continent. C’est le plus bien qu’elle peut faire à l’Afrique et à sa jeunesse. Enfin, il y’a lieu de se demander, vu les nombreuses bévues actuelles, s’il y’a vraiment encore de vrais diplomates stratèges au sommet de l’Etat français.
*Magaye GAYE
Economiste international

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