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fleuve saint louis - Saint Louis: Découvrez l'histoire de Seydou Diallo, l'homme qui repêchait les noyés dans le fleuve

Saint Louis: Découvrez l’histoire de Seydou Diallo, l’homme qui repêchait les noyés dans le fleuve

« Quand Seydou arrive sur la berge noire d’une foule triste et impuissante, devant l’eau calme qui vient d’engloutir une victime, tout le monde sait qu’il le repêchera bientôt. Après ses ablutions, Seydou lance sa bague dans le fleuve et plonge. Quelques instants après, il lève la main hors de l’eau pour réclamer un pagne ». Rapporté par Jules NDIAYE, tailleur, interrogé en 1994 par M. Iba Gueye Issakha.

Seydou Diallo possédait un don, celui de repêcher les noyés dans le fleuve. De nombreux Saint-Louisiens peuvent encore en témoigner aujourd’hui, Seydou Diallo était un homme exceptionnel qui s’est dévoué tout entier à sa mission, à ce titre il ne devra jamais être effacé des mémoires.

Seydou Diallo est né en 1924 à Saint-louis et il y est décédé au début des années 2000. Il aurait eu la révélation de sa mission à l’âge de vingt ans, selon un témoin, Seydou était peul et lorsqu’il était jeune il est parti dans le fouta, c’est sans doute là-bas qu’il a appris beaucoup de choses et qu’il est revenu avec son pouvoir.

Seydou tenait un petit atelier de menuiserie au marché de Ndar-Toute, c’est là que les gens venaient le chercher pour le repêchage des noyés.

Selon un témoin, Seydou était un homme élancé au corps athlétique jusqu’à la fin de sa vie. Il semblait mesurer dans le 1m80 et il avait la peau un peu plus clair que la moyenne. Vers la fin de sa vie il portait une barbe blanche peu fournie.

On dit de lui que c’était une personne d’une grande simplicité, un homme modeste qui ne demandait jamais de rétribution pour ses actions. Selon un témoin : « Si vous le rencontriez dans la rue ou dans son échoppe, c’était un homme très simple, il parlait avec tout le monde et il prenait le temps d’échanger. Il était d’une grande humilité – il ne tendait jamais la main, ne demandait jamais l’aumône – il était aussi d’une grande dignité. Mais il aimait se faire respecter.

Sa femme nous rapporte que son : « […] mari sortait les corps du fleuve sans jamais rien demander en échange, il faisait ça grâce à Dieu et au prophète ».

Les gens disaient qu’il était le petit-fils de Mame Kumba Bang, lorsque M. Iba Gueye l’interrogea à ce sujet en 1994, il répondit : « Mame Kumba Bang est ma grand-mère. C’est une personne ». Mais il n’en disait jamais plus : « Mame Kumba Bang n’aime pas que l’on parle de ses secrets ».

Seydou procédait toujours de manière identique: «  lorsqu’un drame survenait, les parents de la victime s’empressaient de venir chercher Seydou, soit dans son atelier de menuiserie, soit directement chez lui, il acceptait toujours ».

M. Iba Gueye rapporte le cas où les parents étaient allé le chercher jusqu’à l’hôpital où il se trouvait !

« Même malade, on me sollicite et je dois répondre de bon coeur et avec désintéressement. Á mon âge, je continue toujours à le faire, sans exiger quoique ce soi, à des heures tardives quelques fois. Par exemple pour le vingt cinquième repêchage cité, les parents du noyé m’ont trouvé à l’hôpital. J’avais une fracture à la jambe et devais être sous le plâtre le lendemain. Malgré la douleur, je ne savais que faire. Je leur ai donc demandé d’appeler un taxi et de me transporter. Arrivé à Sor Diagne, Je fus de nouveau aidé jusqu’à la berge. Je pouvais plonger. Au bout de trois minutes, j’avais retiré le noyé de l’eau. On m’amena à l’hôpital. »

Son épouse ajoute : « Les gens l’appelaient même pendant la nuit ». Selon un témoin, il imposait d’abord des offrandes à la famille, des offrandes légères qui
peuvent convenir à toutes les bourses. Et si la famille n’en avait pas du tout les moyens il pouvait s’en charger lui-même.

Il s’agissait souvent d’offrandes de Thiakri bien sucré, parfois aussi des colas. Mais si jamais la recherche prenait plus de temps que prévu, il demandait que l’on sacrifie un coq rouge et une poule blanche. Avant de plonger il se déshabillait pour ne garder qu’un tissu noué à la manière des lutteurs. Ensuite, tous les témoins rapportent qu’il disait quelque chose. Selon un témoin : « Avant de plonger il faisait des incantations en langue poular en levant la main. Il augmentait progressivement le ton de sa voix, jusqu’à ce qu’il atteigne un état de transe. Il s’adressait à tous les génies qui sont à l’intérieur du fleuve et il communiquait avec eux ». Alors il s’arrêtait et il lançait quelque chose dans le fleuve – la plupart des témoins s’accordent pour dire qu’il s’agissait de sa bague.

« Il jetait sa bague et disait : « bismi Allah ar-Rahman ar-Rahim » puis il plongeait. »


Selon un autre témoin : « depuis la berge il lançait quelque chose dans l’eau. […] Il demandait d’abord aux témoins de lui indiquer la direction ou l’emplacement de l’accident, ensuite il lançait quelque chose et plongeait ».

Un troisième témoin affirme que Seydou lançait sa bague dans le fleuve : « il portait sa main à sa bouche, il murmurait quelque chose et ensuite il lançait sa bague »
Puis Seydou plongeait dans le fleuve.

Un témoin raconte que lorsqu’il plongeait, il pouvait rester très longtemps dans l’eau – en apnée – c’est pour cette raison que beaucoup de gens considèrent que c’était quelqu’un qui possédait des compétences mystiques. « Il peut plonger plus de 5 minutes sans remonter à la surface ».

Habituellement un plongeon suffisait pour qu’il retrouve le corps, sinon il ne lui fallait pas plus de trois fois pour retrouver le corps de la victime. Toutefois, il est arrivé qu’il eut à réitérer les recherches le lendemain, mais jamais cela ne lui pris plus de trois jours. Des témoins signalent que si Seydou ne parvenait pas à repêcher le corps tout de suite, il expliquait que « quelque chose, ou quelqu’un » retenait le corps prisonnier, et qu’il fallait faire des offrandes pour le libérer.

« Lorsqu’il plongeait, il pouvait retrouver le corps après un plongeon, mais parfois il devait s’y reprendre trois fois. Hors de l’eau il faisait des prières à la fois aux génies du fleuve et à Dieu. Parfois il pouvait dire que les esprits du fleuve lui refusaient le corps et il devait donc recommencer le lendemain. » (un habitant de Saint-louis). Un autre témoin raconte : « un jour les sapeurs avaient plongé dans le fleuve pour retrouver le corps d’un enfant (près du deuxième pont vers Guet Ndar), mais sans succès, alors ils se sont adressés à Seydou, mais ce dernier est ressorti bredouille du fleuve, il a dit « la reine du fleuve n’en a pas encore eu assez, lorsqu’elle en aura eu assez de l’enfant elle le libérera ». Lorsque les sapeurs et Seydou sont repartis, la famille a appelé les griots pour qu’ils viennent frapper les tam-tams, qu’ils frappent d’une certaine façon pour que Mame Kumba Bang soit contente et qu’elle relâche l’enfant. C’est ce qui est arrivé ».

Un autre témoin ajoute qu’« une fois, on raconte qu’il est revenu la nuit pour repêcher le corps, comme s’il ne voulait pas qu’on regarde de trop près comment il faisait ». Lorsqu’il trouvait le corps, il remontait avec lui et demandait qu’on lui lance un pagne pour qu’il puisse emballer le corps et le protéger des regards.
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Seydou Diallo est rapidement devenu une personne incontournable dans la recherche des noyés, même les sapeurs-pompiers, des professionnels qui reçoivent des formations dans le domaine du repêchage des noyés, admettaient que Seydou avait un don très particulier. il était fort respecté par les hommes de métiers, comme on peut le lire dans la lettre du 16 septembre 1976 du Lieutenant Alioune Badara Sy, Commandant du Centre de Secours des sapeurs-pompiers de Saint-louis : « Seydou Diallo apporte son concours efficace, dans la recherche ou le repêchage des noyés dans le fleuve ».

Son action fut même à l’origine de nouvelles vocations, comme le rapporte le Sergent Aly SARR, plongeur originaire de Saint-louis, aujourd’hui affecté à Richard Toll. « C’est l’exemple de Seydou qui m’a donné envie de faire le métier de sapeurs-pompiers ». En plus de ce don Extraordinaire des témoins rapportent d’autres faits incroyables. On raconte qu’il sortait des plats chauds du fleuve

« On parle de repas chauds qu’il sort du fleuve et distribue aux enfants pour les protéger. »

« On raconte qu’il ressortait une calebasse contenant du lakh chaud ! Il l’offrait aux enfants, ceux qui en mangeaient ne pouvaient pas mourir noyé. » (Un habitant de Saint-louis). Mais aussi, d’autres racontent qu’il descendait lui-même dans le fleuve avec des repas chauds : « il entrait dans l’eau avec de la nourriture. »

Un témoin affirme avoir mangé d’un de ces plats chauds.

Ce témoin rapporte que lors d’un repêchage, après avoir sorti le corps de l’eau, Seydou a plongé à nouveau pendant de longues minutes et il est ressorti avec quatre calebasses pleines de lakh, ici à base de riz. « Je voyais clairement la fumée sortir des calebasses, le riz était très très blanc et j’étais très surpris que le sanglé ne soit pas plein d’eau alors qu’il venait à l’instant de sortir du fleuve ».

On rapporte aussi que Seydou pouvait passer de longues heures dans le fleuve, « puis il remontait après, il allait rendre visite à Mame Kumba Bang ». « Oui il partait plusieurs heures. Il regardait dans le fleuve ».

Aussi Seydou organisait des collectes d’offrandes auprès de la population de Saint-Louis. En particulier pendant la période qui précède l’hivernage. Pendant l’hivernage, l’eau du fleuve change de couleur, l’eau salée se change en eau douce et il était courant (plus dans le passé) que les jeunes de Saint-Louis passent leurs vacances à nager dans le fleuve, c’est pourquoi les noyades étaient courantes. « avant l’hivernage il faisait le tour des différentes maisons pour demander des offrandes à remettre aux esprits du fleuve, il donnait le tout au fleuve pour protéger en priorité les enfants. » (Un habitant de Saint-Louis)

Malheureusement ce don Extraordinaire n’a pu être transmis à ses enfants, son épouse nous a dit qu’il avait choisi son plus jeune fils pour être l’héritier de ses compétences hors du commun, mais cet enfant choisi est mort noyé. Aujourd’hui, la bague de Seydou est en possession d’un de ses fils mais elle ne sert plus à retrouver les noyés.

Nous pouvons mentionner d’autres cas similaires de personnes dotées de dons particuliers dans la recherche des noyés. On peut citer Aminta Mbodj de Richard Toll, qui utilisait aussi une bague dans sa recherche des noyés. Ou encore Iba Mall, le Président des pêcheurs de Podor, qui fournit encore aujourd’hui une aide précieuse dans la recherche des noyés. Toutefois, avec la mort de Seydou, Saint-Louis a perdu l’un de ses plus remarquables habitants. Un homme entièrement dévoué au service de sa communauté avec humilité et dignité. J’espère qu’un jour il recevra l’hommage qu’il mérite.

Texte et enquête Alix Hubermont pour Ndarinfo.com, à l’instigation de M. Iba Gueye
et avec l’aide précieuse de M. Idi Diallo et M. Abdou Diakhate

Source: ndarinfo.com

Fleuve Sénégal L'histoire De Seydou Diallo À Saint Louis
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(3) commentaires

Célagn Thieu

en bon domou ndar nous avons assisté à maintes reprises aux exploits de Seydou.Certains camarades d’enfances ont été .repêchés par ce grand seigneur du fleuve. Que St Louis qu’il a tant servi lui soit éternellement reconnaissant.

Birima

a part seydou,il y’avait a saint louis un malade mental qu’on appelait RASSOL qui était souvent entre la gare routière et le marche de SOR il etait tres mystique.qui peut me donner des renseignements sur cet être exceptionnel qu’était RASSOL