C’est une scène rare qui s’est déroulée mercredi dans l’Ohio, loin des caméras de Washington. Leslie Wexner, le fondateur de l’empire L Brands (Victoria’s Secret), a dû répondre aux questions de cinq membres de la Commission de surveillance de la Chambre des représentants, directement à son domicile. Cette audition à huis clos intervient à la suite de la publication, le 30 janvier 2026, d’une nouvelle salve de documents par le département de la Justice des États-Unis. Ces archives lèvent le voile sur les mécanismes précis qui ont permis à Jeffrey Epstein d’acquérir sa fortune et son influence internationale.
Au cœur des interrogations des parlementaires figure un acte juridique spécifique signé en 1991. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, Leslie Wexner avait alors accordé à Jeffrey Epstein une procuration générale (« full power of attorney »). Ce document notarié conférait au financier des pouvoirs exceptionnels : signer des chèques, embaucher du personnel, contracter des emprunts et effectuer des transactions immobilières au nom du milliardaire, sans supervision directe.
Les documents du département de la Justice, analysés par nos confrères, détaillent comment cette délégation de pouvoir a servi de tremplin à Epstein. L’une des transactions mises en lumière concerne le transfert d’un hôtel particulier à Manhattan, au 9 East 71st Street. L’opération, structurée autour d’un billet à ordre de 10 millions de dollars, a permis à Epstein d’établir sa base new-yorkaise, consolidant ainsi son statut social.
Cette légitimité institutionnelle a ouvert au financier les portes des élites mondiales, y compris au plus haut niveau de l’État israélien. Les fichiers révèlent des liens financiers étroits avec l’ancien Premier ministre Ehud Barak. Entre 2004 et 2006, la Fondation Wexner a versé environ 2,3 millions de dollars à M. Barak pour deux études de recherche. Par ailleurs, des correspondances de 2014 montrent que l’épouse de l’homme politique, Nili Priel Barak, a sollicité Epstein pour relire une tribune politique avant sa publication.
La relation s’est également étendue au secteur technologique. En 2015, Jeffrey Epstein a investi dans Carbyne, une start-up de sécurité présidée par Ehud Barak. Si Leslie Wexner affirme avoir coupé les ponts en 2007 après avoir découvert des détournements de fonds, et si Ehud Barak a exprimé ses regrets concernant ces fréquentations, aucun des deux hommes n’a été inculpé dans le cadre de ce dossier. Les nouvelles pièces versées au dossier continuent toutefois d’être examinées par les autorités américaines.