Programme balistique du Pakistan : la nouvelle évaluation américaine qui indigne les experts à Islamabad

La présentation de l’évaluation annuelle des menaces par le renseignement américain devant le Sénat a ouvert un nouveau front rhétorique. En classant le programme militaire pakistanais dans une catégorie de risque spécifique, Washington a immédiatement suscité une vive réaction des spécialistes en sécurité et d’anciens diplomates à Islamabad.

Selon les informations rapportées par la chaîne Al Jazeera, la directrice du renseignement national américain, Tulsi Gabbard, a placé le Pakistan aux côtés de la Russie, de la Chine, de la Corée du Nord et de l’Iran. Lors de son audition mercredi, elle a affirmé que les avancées technologiques d’Islamabad pourraient, à terme, permettre à ses missiles balistiques d’atteindre le territoire des États-Unis. Le rapport écrit accompagnant son intervention évoque le développement continu de technologies qui pourraient aboutir à des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) menaçant directement le sol américain.

Cette perspective est catégoriquement rejetée par les experts pakistanais. Jalil Abbas Jilani, ancien ambassadeur à Washington, a déclaré que cette évaluation n’était « pas ancrée dans la réalité stratégique », rappelant que la doctrine nucléaire de son pays vise uniquement à maintenir une dissuasion crédible en Asie du Sud. Actuellement, le missile opérationnel pakistanais ayant la plus longue portée est le Shaheen-III, capable d’atteindre des cibles à 2 750 kilomètres. La distance séparant le Pakistan des côtes américaines dépasse les 11 200 kilomètres.

Rabia Akhtar, chercheuse en sécurité nucléaire, souligne que l’arsenal, la doctrine et le développement balistique du pays sont exclusivement centrés sur l’Inde. Elle dénonce une analyse américaine qui substituerait des spéculations au pire à une analyse fondée. Tughral Yamin, ancien brigadier de l’armée, note de son côté que ces évaluations omettent les capacités balistiques de l’Inde, qui dispose de systèmes dépassant les 5 000 kilomètres de portée et développe actuellement un ICBM pouvant atteindre 12 000 kilomètres.

Ces nouvelles déclarations sur la sécurité interviennent dans un contexte complexe pour les relations bilatérales. En décembre 2024, l’administration américaine avait sanctionné le Complexe de développement national du Pakistan, chargé du programme balistique, l’accusant d’acquérir des équipements pour des missiles à longue portée.

Pourtant, l’année 2025 a été marquée par un réchauffement diplomatique. Donald Trump s’est attribué le mérite d’avoir mis fin au bref conflit indo-pakistanais de mai 2025, une intervention qui a favorisé la relance des liens entre Washington et Islamabad. Le président américain a par la suite reçu le chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, à la Maison Blanche, une première pour un chef militaire pakistanais non chef d’État.

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