Alors que les tensions diplomatiques au Moyen-Orient atteignent des sommets, la Turquie a tenu à clarifier la nature exacte de son opposition à l’administration de Benjamin Netanyahou. Dans un entretien accordé à la chaîne Al Jazeera et relayé par l’agence Anadolu, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a défini le périmètre précis de la contestation d’Ankara, refusant l’amalgame entre l’existence de l’entité étatique et la conduite des opérations militaires.
Cette intervention diplomatique vise à dissocier la structure étatique des choix politiques actuels. Pour le chef de la diplomatie turque, le différend qui oppose son pays à Tel-Aviv ne porte pas sur « l’État israélien en tant que tel ». La rupture se situe exclusivement au niveau des « politiques régionales » mises en œuvre, ciblant spécifiquement le traitement des Palestiniens et ce qu’il qualifie de « génocide en cours à Gaza ». Cette distinction sémantique permet à la Turquie de maintenir une position ferme sur le conflit sans remettre en cause la légitimité internationale de l’État hébreu.
Les conditions sine qua non pour la reprise économique
Au-delà de la rhétorique politique, Hakan Fidan a exposé les leviers concrets utilisés par Ankara. La reprise des relations commerciales, actuellement gelées, reste soumise à deux exigences non négociables : l’arrêt total des hostilités et l’acheminement effectif de l’aide humanitaire vers l’enclave palestinienne. Sur le plan sécuritaire, la Turquie se dit prête à intégrer une Force internationale de stabilisation, mais uniquement si une demande formelle lui est adressée.
La menace spécifique identifiée en Syrie
L’entretien a également permis d’aborder les préoccupations de sécurité nationale turque sur le dossier syrien. Si Ankara soutient le principe d’une réconciliation entre les acteurs syriens, des lignes rouges subsistent. Le ministre a pointé du doigt la présence, dans les zones sous contrôle des YPG/FDS, d’environ 300 membres armés issus d’organisations de gauche turques. Selon nos informations, ces éléments utiliseraient ces territoires comme base arrière pour mener des actions contre les forces de sécurité turques, une situation qu’Ankara exige de voir cesser immédiatement.
Perspectives sur l’Ukraine et l’architecture européenne
Élargissant son analyse aux grands équilibres mondiaux, Hakan Fidan a estimé que les initiatives du président américain Donald Trump avaient eu un « impact significatif » favorisant les discussions de cessez-le-feu, tant à Gaza qu’en Ukraine. Concernant le conflit russo-ukrainien, il juge les parties « plus proches que jamais » d’un accord.
Face aux incertitudes pesant sur l’OTAN, le diplomate a enfin suggéré une refonte de l’architecture de sécurité européenne. Sa proposition repose sur un dialogue approfondi entre le Royaume-Uni, la Turquie et les puissances continentales pour bâtir une capacité de défense commune, indépendante des fluctuations politiques outre-Atlantique.