Pour contraindre Bogota à agir contre le trafic de drogue, la sanction tarifaire inspirée des méthodes Trump qu’impose désormais l’Équateur

Les relations diplomatiques entre Quito et Bogota connaissent un nouveau point de rupture. Alors que les échanges commerciaux entre les deux nations voisines sont cruciaux pour l’équilibre régional, la gestion de la frontière commune et la lutte contre les réseaux criminels sont devenues des sources de friction majeures. Face à ce qu’il qualifie d’inaction de la part de son homologue colombien, le président équatorien a décidé d’employer la manière forte, utilisant le levier économique comme instrument de pression sécuritaire.

Le président Daniel Noboa a officialisé, mercredi, la mise en place d’un « tarif de sécurité » de 30 % sur les importations en provenance de Colombie. Selon les informations relayées par Al Jazeera, cette mesure entrera en vigueur dès le 1er février. Le chef de l’État équatorien justifie cette décision drastique par l’incapacité présumée de la Colombie à endiguer l’exploitation minière illégale et le trafic de cocaïne qui gangrènent la zone frontalière.

**Une sanction conditionnée à des résultats tangibles**

Dans sa communication, Daniel Noboa a précisé que cette barrière douanière resterait en place jusqu’à ce que le gouvernement colombien démontre « un engagement réel à affronter conjointement le trafic de drogue ». L’Équateur, qui fait face à un déficit commercial annuel dépassant le milliard de dollars avec son voisin, estime ne pas recevoir la réciprocité attendue en matière de coopération militaire.

« Nous avons insisté sur le dialogue, mais nos militaires continuent d’affronter seuls les groupes criminels à la frontière », a déclaré le président équatorien. Cette décision marque un tournant dans la stratégie de Quito, qui choisit désormais de pénaliser économiquement son partenaire pour obtenir des garanties sécuritaires.

**L’influence de la doctrine Trump**

Cette approche fait écho aux méthodes privilégiées par Donald Trump, dont Daniel Noboa est un allié politique affiché. Le président américain, qui qualifie les tarifs douaniers de « plus beau mot du dictionnaire », utilise régulièrement l’arme commerciale pour forcer la main de ses partenaires internationaux sur des dossiers migratoires ou sécuritaires.

Depuis sa réélection, Daniel Noboa a multiplié les signes de rapprochement avec Washington, soutenant notamment les initiatives américaines pour accroître leur influence en Amérique latine. L’administration Noboa défend l’idée qu’une coopération étroite avec les États-Unis est indispensable pour lutter contre la criminalité violente qui a fait grimper le taux d’homicides en Équateur à 44,6 pour 100 000 habitants en 2024.

**Divergences idéologiques et tensions politiques**

Cette mesure économique intervient dans un contexte de profonde divergence stratégique entre les deux capitales. La Colombie, premier producteur mondial de cocaïne avec 253 000 hectares de cultures recensés par l’ONU, est dirigée par Gustavo Petro. Le premier président de gauche de l’histoire colombienne privilégie une politique de « Paix Totale », misant sur le dialogue avec les groupes armés et la substitution volontaire des cultures illicites plutôt que sur l’éradication forcée.

Au-delà des questions sécuritaires, la décision de Quito pourrait également avoir des motivations politiques. Elle survient au lendemain d’une prise de parole de Gustavo Petro demandant la libération de Jorge Glas, l’ancien vice-président équatorien arrêté lors d’un raid controversé sur l’ambassade du Mexique à Quito en 2024. Cette ingérence perçue par l’Équateur dans ses affaires judiciaires internes a exacerbé les tensions, transformant la frontière commerciale en une nouvelle ligne de front diplomatique.

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