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Papis Traoré: “Ce qui s’est passé au mois de mars dernier est inacceptable dans un Etat de Droit…”

En citoyen libre, mais aussi observateur de la vie politique au Sénégal, Papis Traoré s’est entretenu avec Senego. Il est à la tête de cabinets d’expertise en France et au Sénégal. “Nous vivons dans un pays qui est parfois incompréhensible“, souligne-t-il. Un pays où, selon lui, où personne ne veut payer l’impôt sur le revenu alors qu’il faut des routes, des hôpitaux etc. Il est, ainsi revenu sur la pandémie de la Covid-19 et ses conséquences économiques, la question des inondations, les émeutes du mois de mars dernier…

Covid-19 : “Le Gouvernement actuel a pris des mesures assez fortes..

La pandémie de la Covid 19 a porté un sacré coup à l’économie mondiale et celle des pays comme le Sénégal, obligeant les autorités étatiques à prendre des mesures idoines de redressement. Et en tant qu’économiste, M. Traoré pense que cette crise a pulvérisé toutes les économies du monde. “C’est-à-dire que chaque état, en fonction de ses impératifs nationaux, en fonction de ses contraintes budgétaires, a essayé d’apporter des réponses qu’il juge adéquates. Ce qu’il faut quand même préciser au Sénégal, je crois que c’est sans précédent en Afrique Subsaharienne, pour ne pas dire l’Afrique d’une manière générale, le Gouvernement actuel a pris des mesures assez fortes“, souligne notre interlocuteur.

Des mesures, selon lui, saluées par toute la communauté internationale. La première, selon lui, fut le fait de “protéger les entreprises. Parce que dans un Etat de droit, dans une Nation libre, ce n’est pas l’Etat qui crée la richesse, ce sont les entreprises. Donc le Président Sall a été très inspiré de donner la priorité, d’abord à l’emploi, éviter les licenciements de masse. Il est passé par des mesures très saluées par le patronat : le report des cotisations sociales et la fiscalité“. Et le second élément, “interdire les licenciements de masse, c’est-à-dire obliger les entreprises à garantir un certain niveau de salaire aux salariés“. Autant de mesure concrètes qui ont évité au Sénégal une récession comme certains pays d’Afrique, et même en Europe comme la Grèce, l’Italie et l’Espagne.

Inondations : 47 milliards ce n’est peut être pas beaucoup d’argent mais…

Il a, aussi été question des inondations au Sénégal qui, comme chaque année, ne cessent de hanter le sommeil de certains sénégalais. L’expert comptable range ce fléau dans le tiroir des catastrophes naturelles. “Il s’agit de catastrophes naturelles qui sont imprévisibles, où la responsabilité de l’homme est démontrée. L’occupation anarchique de l’espace, le non-respect du plan d’occasion des sols“. Dakar étant une presqu’ile, il estime que c’est une ville qui était conçue  pour 1 million et demi d’habitants. “Et aujourd’hui il fait six (6) millions d’habitants. Ce qui pose un problème d’assainissement“, poursuit-il. “Ce qui m’a frappé mercredi dernier, c’est lorsque j’ai lu le communiqué du Conseil des ministres où l’Etat vient de lever 47 milliards de Fcfa à destination des populations les plus fragiles et qui sont touchées par ces inondations. Ce n’est peut être pas beaucoup d’argent pour certains esprits, mais il faut rappeler que ça démontre quand même une chose : nous avons un Etat au Sénégal“.

Il poursuit : “Que l’Etat est présent quand il y a des difficultés. Aujourd’hui, beaucoup de mégapoles, beaucoup de capitales, beaucoup de villes sont confrontées au même problème, aux catastrophes naturelles. Je crois qu’aujourd’hui, cette responsabilité individuelle dont je parlais, elle s’exerce à tous les niveau. Il n’appartient pas qu’à l’Etat. Je crois que c’est une mesure qui est à saluer quand une catastrophe naturelle frappe les personnes les plus fragiles, d’avoir un Etat qui apporte son soutien“.

Nous voulons un Président qui soit à la fois le père de la Nation, le père noël…

Nous vivons dans un pays qui est parfois incompréhensible“, regrette M. Traoré. Car, selon lui, “nous voulons un Président de la République qui soit à la fois le père de la Nation, le père noël, c’est-à-dire noël à tous les étages et à tous les jours. Et tout ceci, personne ne veut payer l’impôt sur le revenu. Il faut des routes, il faut des hôpitaux. Et tout ça commence à faire beaucoup d’argent. Mais vu qu’on ne fabrique pas l’argent, ça devient compliqué. C’est quand même une chance de vivre dans un pays où en cas de difficultés, l’Etat exerce sa responsabilité première, à savoir la protection des populations les plus fragiles“. “N’empêche, il faut aussi, individuellement, qu’il y ait une prise de conscience citoyenne. Que ces inondations ne sont pas le fait du hasard. Je crois qu’il y a nécessité, aujourd’hui, que les citoyens des villes concernées par ces catastrophes naturelles prennent conscience que les questions liées à l’Environnement interpellent chaque conscience humaine“, précise-t-il.

Pauvreté au Sénégal…

Depuis un moment, on assiste à un débat sur la pauvreté au Sénégal. Avec des experts qui se livrent, par presse interposée, une guerre sans merci sur des chiffres publiés par l’Ansd. Un débat qu’il a suivi avec “beaucoup d’attention“. “Au Sénégal, avec l’ancienne majorité, les finances étaient à genou. Aucun marché financier ne voulait prêter de l’argent au Sénégal pour une raison très simple : la situation financière du pays était désastreuse. Depuis 10 ans, il faut quand même le saluer, le niveau de la dette souveraine du Sénégal a connu une crédibilité qui est, extraordinaire. Le Sénégal s’endettait, avant la crise sanitaire, sur des marchés financiers, à des taux en chiffres. Ce qui était sans précédent. C’est le premier élément“, analyse-t-il.

Penser aux premiers de cordée…

Le second élément, selon lui, “les couches les plus touchées par la crise due à la Covid-19, ont été les populations les plus fragiles. L’Etat du Sénégal, avec les moyens qui étaient les siens, a continué à préserver le pouvoir d’achat. Je vous ai parlé des 47 milliards. L’objectif c’est de renforcer le pouvoir d’achat… Je suis de ceux qui pensent qu’il faut parfois penser aux premiers de cordée. C’est le rôle de l’Etat de protéger les personnes les plus fragiles. Mais la richesse d’une Nation ce n’est pas l’Etat qui le crée. Ce sont des entrepreneurs, c’est le commerçant du coin, c’est le commerçant de Sandaga, c’est le boulanger du coin… N’eut été la politique mise en œuvre par le chef de l’Etat, la situation économique du Sénégal serait désastreuse“. Il précise, à cet effet, que sans recettes fiscales, “on ne peut pas faire grand chose“.

Manifestations entrainant 14 morts au Sénégal…

Au mois de mars dernier, le Sénégal a vécu des événements douloureux à connotation juridico-politique qui se sont soldés par la mort de 14 personnes. Un événement qu’il a vécu comme beaucoup de Sénégalais, “choqué” par la violence qu’il a pu observer. “Vous savez, la Liberté et la Démocratie sont une chance extraordinaire. Nous avons la chance de vivre dans un pays qui garantie la liberté individuelle et celle publique. Ce qui m’a choqué, au delà de la gravité de ce que tout le monde a pu observer (je viens vous parler des premiers de cordée, le Sénégal d’en bas, le Sénégal qui se lève tôt), nous avons des groupuscules biens organisés, des radicaux bien organisés dont le seul projet politique (le Sénégal n’est pas une exception malheureusement) est de renverser les institutions Républicaines. C’est un défi“, pense Papis Traoré.

Inacceptable dans un Etat de Droit…

Selon lui, ce qui s’est passé au mois de mars dernier “est inacceptable dans un Etat de Droit. On ne peut pas s’attaquer à des personnes privées, détruire des biens privés au nom d’une idéologie. Ce n’est pas acceptable. L’autre élément qui m’a choqué, c’est que ceux qui combattent la Démocratie, qui combattent nos valeurs, utilisent ces mêmes valeurs pour combattre la Démocratie. Je pense qu’il faut rendre hommage aux institutions sénégalaises qui ont été à la hauteur de cet événement, sinon il n’y aurait pas 14 morts… Allez vivre dans une dictature, on aurait multiplié ce chiffre par 10, voire 100“.

Selon lui, “malheureusement ce genre de phénomène risque de se reproduire. Aujourd’hui, nous devons être vigilants. Nous avons un patrimoine extraordinaire. Ce sont des institutions démocratiques et républicaines qu’il faut sauvegarder. La vraie question aujourd’hui c’est : est-ce que la violence, comme instrument d’expression peut être garantie par la Constitution? Ma conviction personnelle est non. C’est un défi que tous les jeunes doivent comprendre parce qu’il y a un danger qui nous guette“.

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