Panama : Un an après les menaces de Donald Trump, le motif constitutionnel invoqué par la justice pour invalider les contrats portuaires chinois

La Cour suprême du Panama a rendu, jeudi soir, une décision majeure concernant l’exploitation des terminaux portuaires du canal, actuellement sous la gestion d’une entreprise chinoise. Alors que les tensions géopolitiques autour de cette voie maritime stratégique s’intensifient depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, la haute juridiction a statué sur la validité juridique des concessions accordées à la société basée à Hong Kong.

Selon les informations relayées par Al Jazeera, la Cour a jugé inconstitutionnels les contrats liant l’État panaméen à la Panama Ports Company (PPC), filiale du conglomérat CK Hutchison. Cette décision concerne spécifiquement l’exploitation, la construction et la gestion des terminaux de Balboa, sur la façade Pacifique, et de Cristobal, côté Atlantique. Ces infrastructures étaient gérées par la firme chinoise depuis les années 1990, avec un renouvellement automatique de licence acté en 2021 pour une durée supplémentaire de 25 ans.

**Des irrégularités financières estimées à plus d’un milliard de dollars**

Au-delà de l’aspect constitutionnel, le verdict s’appuie sur des éléments économiques précis. Une plainte déposée l’année dernière accusait la société hongkongaise de ne pas s’acquitter correctement de ses obligations fiscales. Un audit lancé dans la foulée a mis en lumière des erreurs comptables et diverses irrégularités. Le préjudice pour l’État panaméen est évalué à environ 300 millions de dollars depuis le renouvellement de la concession, et à près de 1,2 milliard de dollars sur la durée du contrat initial de 25 ans.

Cette décision judiciaire intervient dans un contexte de forte pression diplomatique. Il y a un an, le président américain Donald Trump avait menacé de prendre le contrôle du canal, arguant qu’il était de fait sous domination chinoise, ce qui constituait selon lui une menace pour la sécurité des États-Unis. Washington, qui a construit le canal avant de le rétrocéder au Panama en 1999, cherche activement à réduire l’influence de Pékin sur cette route par laquelle transite environ 5 % du commerce maritime mondial.

**Réactions immédiates de l’opérateur et de Pékin**

La Panama Ports Company a contesté ce jugement, affirmant qu’il « manque de fondement juridique » et met en péril la stabilité de milliers de familles panaméennes dépendant de l’activité portuaire. De son côté, le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré que la Chine prendrait « toutes les mesures nécessaires » pour protéger les droits et intérêts légitimes de ses entreprises.

Cette décision pourrait contraindre le Panama à restructurer le cadre légal de ses opérations portuaires et potentiellement à lancer de nouveaux appels d’offres. Face aux menaces américaines l’an dernier, CK Hutchison avait tenté de vendre ses actifs portuaires, incluant les terminaux panaméens, à un consortium mené par la société d’investissement américaine BlackRock pour près de 23 milliards de dollars. Une transaction qui semble toutefois bloquée par les objections du gouvernement chinois.

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