Offensive au Liban : l’ordre militaire ciblé d’Israël qui menace d’isoler toute la région sud

La tension franchit un nouveau palier au Proche-Orient. Alors que les affrontements s’intensifient entre l’armée israélienne et le Hezbollah, une récente série de frappes ciblant des artères stratégiques libanaises modifie la configuration du conflit, soulevant de vives inquiétudes au plus haut sommet de l’État libanais quant aux véritables intentions militaires de Tel-Aviv.

Selon les informations relayées par la chaîne Al Jazeera, les forces israéliennes ont bombardé le pont de Qasmiyeh, un point de passage essentiel reliant le sud du Liban au reste du territoire. Pour le président libanais Joseph Aoun, cette attaque ne relève pas d’une simple frappe de routine : elle constitue un « prélude à une invasion terrestre ». Le chef de l’État y voit une tentative manifeste de rompre la continuité géographique du pays et de concrétiser des plans visant à implanter une zone tampon le long de la frontière.

Cette offensive s’inscrit dans une directive plus large. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a formellement ordonné à ses troupes de détruire l’ensemble des points de passage enjambant le fleuve Litani, ainsi que les habitations situées à proximité de la frontière. Katz a lui-même comparé cette approche au modèle appliqué à Beit Hanoun et Rafah, dans la bande de Gaza. De son côté, le chef d’état-major israélien, le lieutenant-général Eyal Zamir, a précisé dimanche que l’opération prolongée contre le Hezbollah « ne fait que commencer », annonçant la préparation d’opérations terrestres ciblées. Les hostilités ont repris de plus belle depuis le 2 mars, date à laquelle le groupe armé libanais a lancé des roquettes vers le territoire israélien, en riposte à l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei par les États-Unis et Israël, précisent nos sources.

Sur le plan humanitaire, les conséquences de cette stratégie s’annoncent désastreuses. Ramzi Kaiss, chercheur pour Human Rights Watch au Liban, a alerté sur le risque d’une véritable catastrophe si la région au sud du Litani se retrouvait totalement isolée, privant les habitants de nourriture et de médicaments. Il a souligné que la destruction massive d’habitations et d’infrastructures civiles s’apparente à un crime de guerre. Le bilan humain continue de s’alourdir : le ministère libanais de la Santé a recensé quatre décès dimanche lors de deux frappes dans le sud. En près de trois semaines, le conflit a fait 1 029 morts et plus d’un million de déplacés au Liban. Côté israélien, un civil a été tué dans son véhicule près de la frontière, marquant le premier décès civil israélien lié aux tirs en provenance du Liban dans cette guerre, tandis que deux soldats ont également perdu la vie dans le sud du Liban.

Face à cette escalade, les manœuvres diplomatiques tentent de s’organiser. Le gouvernement libanais, qui a déclaré illégales les activités militaires du Hezbollah, a exprimé sa volonté d’entamer des pourparlers directs avec Israël. Parallèlement, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, en visite à Jérusalem vendredi, a fait part à son homologue israélien Gideon Saar des réserves de Paris concernant une éventuelle opération terrestre d’envergure.

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