En 1996, le paysage musical américain était saturé par une tension palpable, dominé par les rivalités violentes entre la côte Est et la côte Ouest. C’est dans ce contexte de surenchère viriliste qu’un trio du New Jersey a proposé, il y a exactement trente ans, une œuvre qui allait redéfinir les codes du genre. Loin des postures agressives, ce disque a ouvert une voie mélodique inédite dont l’écho ne s’est jamais démenti trois décennies plus tard.
Le 13 février 1996 marquait la sortie de The Score, le deuxième et dernier album des Fugees. Ce titre, qui signifie littéralement « la partition » ou « le coup décisif », résonne aujourd’hui comme une prophétie accomplie. Composé de Wyclef Jean et Pras Michel, issus de la diaspora haïtienne, et de Lauryn Hill, d’ascendance jamaïcaine, le groupe avait vu son premier opus passer relativement inaperçu. C’est avec ce second projet que l’équilibre a basculé, imposant une alternative au gangsta rap alors hégémonique.
Une rupture avec les codes dominants
Selon les analyses rapportées par Le Quotidien, la force de cet album réside dans sa capacité à s’éloigner des lignes de fracture de l’époque. Là où le rap américain privilégiait la frontalité, les Fugees ont proposé un hip-hop hybride, nourri de soul, de reggae et de gospel. Cette approche a permis d’introduire des thématiques liées à l’exil et à l’identité, traitées avec une introspection rare pour le milieu mainstream de l’époque.
Le morceau « Fu-Gee-La », devenu la matrice sonore du projet, illustre cette démarche. Né presque par accident lors d’une session initialement prévue pour un film de Spike Lee, le titre s’appuie sur un sample de Teena Marie. Il installe une nonchalance maîtrisée qui tranche avec la dureté ambiante des productions de 1996, permettant aux voix de circuler avec plus de fluidité.
L’art de la réinterprétation
Au-delà de ses créations originales, The Score s’est distingué par l’audace de ses reprises. La version de « Killing Me Softly », popularisée par la voix de Lauryn Hill, a transformé un classique de Roberta Flack en hymne planétaire. De même, la reprise de « No Woman, No Cry » a permis au groupe d’affirmer explicitement sa filiation caribéenne et son hommage à Bob Marley.
Conçu comme un véritable film sonore où les interludes structurent le récit, l’album a connu un succès commercial immédiat, s’écoulant à des millions d’exemplaires. Trente ans après, il demeure une référence non seulement pour ses chiffres de vente, mais pour avoir prouvé qu’un rap à la fois populaire, exigeant et musical était possible en dehors des sentiers battus de la violence.
Parlez nous plutôt de Positive Black Sool , DaraaJ, etc…