L’exécutif iranien délègue des pouvoirs d’exception aux frontières pour parer à l’éventualité d’un conflit armé

Alors que les tensions géopolitiques avec les États-Unis et Israël atteignent un point critique, Téhéran réorganise en urgence son architecture économique. Face à la double menace d’un conflit militaire et d’un effondrement monétaire, le gouvernement iranien a convoqué une réunion stratégique pour décentraliser la gestion de la survie nationale vers les régions périphériques.

Le président Masoud Pezeshkian a réuni mardi les gouverneurs des provinces frontalières ainsi que le ministre de l’Économie pour entériner un changement majeur dans la gestion des ressources. L’objectif affiché est clair : préparer le pays à fonctionner en mode dégradé si une guerre venait à éclater. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, cette rencontre a abouti à la mise en place d’un groupe de travail spécifiquement chargé de garantir l’afflux de biens essentiels, notamment alimentaires, malgré le carcan des sanctions.

Une autonomie inédite accordée aux provinces

La mesure phare adoptée lors de ce conseil réside dans le transfert de compétences régaliennes vers les autorités locales. Les gouverneurs des provinces frontalières disposent désormais de l’autorité pour importer des marchandises sans passer par les circuits traditionnels de devises étrangères. L’agence de presse officielle IRNA précise que ces responsables peuvent engager des opérations de troc et autoriser les marins à introduire des produits via des procédures douanières simplifiées.

« En plus d’importer des biens essentiels, les gouverneurs ont maintenant l’autorité d’introduire toutes les marchandises directement liées aux moyens de subsistance de la population », a déclaré le président Pezeshkian. Cette stratégie vise à « neutraliser » la pression des sanctions américaines et onusiennes, tout en empêchant la spéculation et le stockage illégal de denrées sur le marché intérieur.

Une économie sous assistance respiratoire

Cette réorganisation intervient dans un contexte économique particulièrement dégradé. Le rial iranien a touché un nouveau plancher historique, s’échangeant aux alentours de 1,6 million pour un dollar américain, contre environ 700 000 il y a un an. Cette dépréciation brutale érode la confiance nationale et le pouvoir d’achat, alors que l’inflation annuelle frôle les 50 %.

Pour tenter d’amortir le choc, le gouvernement a mis en place un système de coupons électroniques pour l’achat de nourriture. Toutefois, l’allocation mensuelle par citoyen, initialement équivalente à un peu plus de 7 dollars, a déjà vu sa valeur réelle chuter à près de 6 dollars en raison de l’effondrement de la monnaie. Parallèlement, les prix de certains produits de base comme l’huile et les œufs ont triplé, voire quadruplé, suite à la suppression de certains taux de change subventionnés, une mesure justifiée par l’exécutif comme un moyen de lutte contre la corruption.

Tensions internes et black-out numérique

La situation est aggravée par un climat social tendu, marqué par un blocage d’Internet imposé par l’État depuis le 8 janvier en réponse à des manifestations nationales. Ce « black-out numérique » paralyse une grande partie de l’activité commerciale et des 90 millions d’Iraniens, les solutions d’intranet local ne parvenant pas à compenser les pertes pour les entreprises en ligne.

Sur le plan politique, le gouvernement Pezeshkian doit manœuvrer sous le feu des critiques des ultraconservateurs, qui visent notamment le gouverneur de la Banque centrale, Abdolnasser Hemmati. Ce dernier, qui a qualifié les mouvements du marché des changes de « cours naturel », est accusé par la presse proche du Guide suprême d’être déconnecté de la réalité. Face à ces luttes intestines, le Guide suprême Ali Khamenei a dû intervenir publiquement pour interdire aux parlementaires d’insulter le président, rappelant que la priorité absolue demeure l’approvisionnement des populations dans un contexte régional explosif, où la stabilité régionale est plus que jamais menacée.

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