Les ravisseurs conditionnent la liberté des 160 otages du Kaduna à la restitution d’un matériel spécifique introuvable

La confusion a régné pendant près de 48 heures dans l’État de Kaduna, au nord du Nigeria. Alors que des hommes armés ont mené un raid d’envergure dimanche dernier contre le village de Kurmin Wali, les autorités policières ont dans un premier temps rejeté l’existence même de l’incident. Ce n’est que tardivement, mardi soir, que la police a rectifié sa position, confirmant l’enlèvement de nombreux villageois tout en révélant qu’une opération de sécurité était en cours.

Benjamin Hundeyin, porte-parole de la police nationale, a justifié ce démenti initial par une volonté de « prévenir une panique inutile » en attendant la vérification des faits. Si le communiqué officiel évoque une « opération de sauvetage » sans préciser le nombre exact de victimes, les responsables locaux et religieux avancent des bilans beaucoup plus lourds. Usman Danlami Stingo, législateur de l’État de Kaduna, fait état de 168 disparus. De son côté, le révérend John Hayab, responsable de l’Association chrétienne du Nigeria, a indiqué à nos confrères de Reuters qu’au moins 172 fidèles avaient été capturés, dont neuf ont réussi à s’échapper par la suite, laissant 163 personnes aux mains des assaillants.

Selon les informations rapportées par Al Jazeera, dont le correspondant Ahmed Idris s’est rendu sur place, environ un quart des résidents du village a été emmené de force alors qu’ils étaient rassemblés pour prier. Mais au-delà du nombre, c’est la nature de la revendication des ravisseurs qui place les familles dans une impasse.

Deux jours après l’attaque, le groupe armé a transmis ses conditions. Contrairement aux demandes de rançon purement financières habituelles, les « bandits » exigent la restitution de 10 motocyclettes qu’ils auraient dissimulées dans la brousse. Cette exigence constitue, pour l’heure, la condition sine qua non à la libération des captifs. Les habitants de Kurmin Wali se disent pourtant incapables de satisfaire cette demande : ils ignorent où se trouvent ces engins et affirment avoir été dépouillés au point de peiner à se nourrir eux-mêmes.

Ce mode opératoire s’inscrit dans une vague d’insécurité qui frappe le nord et le centre du pays, où des gangs criminels pillent les villages et multiplient les rapts de masse. En novembre dernier, plus de 300 élèves et enseignants avaient été enlevés dans l’État du Niger avant d’être relâchés par vagues successives. La situation sécuritaire au Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, reste marquée par ces violences qui touchent indistinctement chrétiens et musulmans, bien que le Président américain Donald Trump ait récemment accentué la pression diplomatique sur Abuja en se focalisant sur les attaques visant les communautés chrétiennes.

Face à cette instabilité chronique, une coopération militaire accrue semble se dessiner. Fin décembre, les États-Unis ont mené des frappes aériennes dans l’État de Sokoto contre des groupes armés, une intervention approuvée par le gouvernement nigérian.

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