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Les fleurs du débat (Adama Gaye)*

Dans la peur panique qui saisit peuples et sociétés à travers le monde face à un virus que l’on craint aussi mutant qu’insaisissable, une bonne nouvelle en est née: l’art de débattre, de philosopher, de réfléchir est de retour.

Tant mieux. Et il ne pouvait en être autrement car la mort lâche les réticences et libère la pensée. Sa menace encore plus. L’endiguer ou tenter d’en échapper décuple l’envie de comprendre, la quête d’une issue.

Pendant longtemps, esclaves d’une unique ambition matérialiste, quand ils niaient même l’idée de la finitude humaine, les êtres humains se moulaient dans un douillet souci de ne penser qu’à la vie, sans réfléchir.

Grande paresse

Ce prisme fait d’une grande paresse explique le gel des grands débats intellectuels dans les sociétés humaines ces trente dernières années. C’est ce que remet en question la relance des échanges d’idées nés du climat de fin de monde que l’avènement de la pandémie mortelle du coronavirus induit sous toutes les latitudes.

Le Sénégal n’y échappe pas. Il faut s’en féliciter. Puisqu’il était devenu intenable d’évoluer dans un pays où l’extrême personnalisation de la vie publique entraînait une frilosité. Avec, pour effet premier, de créer tant de zones interdites qu’il était devenu impossible de poser quelque acte de réflexion sans buter sur un mur de résistance et d’incompréhension, de refus de remise en question des ordres fussent ils les plus factices.

L’ordonnancement politique, au sommet de la pyramide, en a gravement pâti. Un bref coup d’éclairage le prouve.

À travers une première question, centrale: qui, d’abord, sous Senghor, Diouf puis Wade osait remettre en question leur magistère: premiers présidents du Sénégal, ils furent vénérés tant qu’ils étaient au pouvoir, avant de devenir les cibles de leurs pourfendeurs dès la perte de leurs attributs régaliens.

En critiquer un quand ils étaient aux affaires, c’était s’attirer les foudres de leurs snipers, choisis ou autoproclamés, et nul ne s’aventurait, sauf à être cascadeur, à briser l’unanimisme ambiant.

Culte de la personnalité

Il en découlait un culte de la personnalité qui, depuis lors, inhibe la société sénégalaise, en particulier sa classe politique, entendue non seulement comme le lieu d’expression des ambitions des prétendants au leadership national mais celle du déploiement des postures partisanes.

On peut rêver que ces alignements grégaires arrivent à leur terme pour qu’éclosent les fleurs d’un débat vidé des suspicions spontanées et des guerres insensées, irréfléchies, de chapelles.

C’est d’un impératif qu’il s’agit car sans la vigueur et les contradictions, jusqu’aux désaccords, le débat national continuera de produire les résultats que l’on sait: larbinisme, laudation, médiocrité, choix tronqués, promotion de la facilité et copinage au nom d’un clanisme politique, ethnique ou religieux.

Le refus du débat et des vérités crues, c’est la porte ouverte aux échecs sur la voie de la refondation de notre démocratie, la faillite des leaders encadrés par des chants favorables, rarement questionnés ni ramenés aux réalités à la place d’un révisionnisme abject, sans compter la perpétuation des pratiques les plus condamnables au sommet d’un état capturé, comme le prouve le minable leadership de Macky Sall.

Introspection

L’exigence d’une introspection, d’une remise en question, s’adresse surtout à toutes les forces qui prétendent porter, à tort ou à raison, le flambeau du changement.

Pour ne pas l’avoir voulu, en se contentant d’être confortés dans leurs certitudes, en égocentriques invétérés, les principaux acteurs qui se retrouvent dans l’espace de l’opposition ont fini par créer les conditions de leurs désillusions.

Qui parle encore de Khalifa Sall? Les Khalifistes qui refusaient d’entendre les critiques susceptibles de le mettre face à ses lacunes ont détalé : l’espoir n’est plus là…

Quid d’Idrissa SECK ? Il a réussi à s’aliéner ceux qui s’étaient offusqués de ses silences bizarres, en particulier après l’élection présidentielle frauduleuse de l’an dernier, ou, pour ce qui me concerne, celui qu’il a observé lors de mon arbitraire détention, en oubliant qu’il m’avait personnellement démarché pour le soutenir dans son projet politique malgré mes réserves.

On voit pareillement s’élever maintenant un mur de silence dans la Sonkosphere, brusquement en proie au doute depuis les dernières sorties d’Ousmane Sonko. Tous ses plus agités défenseurs se demandent: bon Dieu a-t-il perdu sa touche magique -le Midas touch ?

Les plus prompts à le défendre sans recul, même quand naguère ses positions laissaient à désirer, semblent avoir rangé leurs kits: ils réalisent que des vents contraires se lèvent et qu’il est temps de se poser des questions.

Les bruits du silence s’entendent partout : ils ont étouffé les cris d’un Wadisme et d’un Karimisme, explosés par l’abandon des troupes qui, hier encore, les hissaient au rang de constante; le pouvoir actuel est aussi frappé par le même lâchage de ses troupes, ses répondeurs automatiques ayant perdu la voix.

Qu’on se le dise donc: aucun des acteurs politiques sénégalais n’échappe à la reddition sévère qu’implique un débat plus animé que jamais et illustré par une VAR capable de remettre à la seconde les pendules à l’heure.

C’est le cas d’Abdoul Mbaye qui n’est pas parti aux audiences chez macky ayant réduit en cendres les opposants qui y sont allés. Moins par choix que par absence de choix, l’invitation, comme il l’a lui-même admis, ne lui étant pas faite, malgré ses plaintes.

Le congrès de la renaissance démocratique (CRD) s’en est même trouvé écartelé puisque l’un de ses membres, Mamadou Lamine Diallo, fait partie de ceux qui sont allés au rendez-vous de toutes les compromissions.

Disons-le, sans détours, le jeu public et politique gagne à ce qu’il y ait un éclairage rationnel, loin des postures sentimentales ou partiales, partisanes. Personne, plus personne, à commencer par l’auteur de ces lignes, jusqu’aux têtes couronnées de toujours, notamment Bachir Diagne et d’autres, n’échappera plus jamais au feu d’une contradiction saine en démocratie.

Que les fleurs transforment les bourgeons en spectacles explosifs où la réflexion jaillira : le corona ne permet plus les soumissions aux formes, le maslaa a vécu.

Ugh, on débattra, on fixera les lignes de la vérité historique afin de tracer un futur autre que celui, apocalyptique, qui pourrait découler d’une imparfaite lecture des enseignements qui surgissent déjà de ce monde définitivement transformé par son biseautage coronavirien.

Le pire des suicides revient à refuser de prêter oreille et de ne pas apprendre des leçons de ce qui, somme toute, reste l’histoire d’un échec monumental d’une société, et de ses composantes, par trop engoncée dans sa zone de confort. Comme la grenouille confortablement installée dans une eau tiède sans réaliser qu’elle peut devenir bouillante sans qu’elle ne s’en rende compte que trop tard.

Remisons nos certitudes. L’humilité exige de retrouver les sentiers du doute. Pour voir une vraie lumière et nous écarter des ténèbres à l’origine de l’impasse que nous feignons de voir…

Douloureux, refondateur, ce choix est le mien.

* Adama Gaye,
Le Caire 19 Mai 2020

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Un commentaire

  • Fada

    Adama Gueye, vous sûr que vous n’avez pas besoin de chloroquine par hasard?
    vos analyses vagues que vous accumulez me laissent penser que vous êtes plus proches d’être un cas communautaire.
    professeur Seydi est joignable au 114 si vous voulez bien.

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