Le nouveau pouvoir syrien brise un tabou historique pour sceller l’accord avec les Forces démocratiques syriennes

Dans le cadre de son plan visant à unifier le pays après quatorze années de guerre civile et la chute de Bachar al-Assad, le gouvernement syrien a officialisé dimanche un accord de cessez-le-feu avec les Forces démocratiques syriennes (FDS). Si le volet militaire de cet accord redessine la carte du contrôle territorial, c’est une décision politique parallèle, actée par décret, qui marque une rupture fondamentale avec l’histoire récente du pays.

Le président par intérim Ahmed al-Sharaa a en effet promulgué un décret élevant le kurde au rang de « langue nationale », au même titre que l’arabe. Cette mesure, rapportée par notre source Al Jazeera, permet désormais l’enseignement de cette langue dans les écoles et son utilisation dans l’administration, une première pour cette communauté qui représente environ 10 % de la population syrienne.

La fin d’une exclusion décennale

Au-delà de la linguistique, le texte s’attaque aux racines de l’exclusion politique des Kurdes en Syrie. Le décret abolis les mesures issues du recensement exceptionnel de 1962 dans la province d’Hasakah, qui avait privé de nationalité environ 120 000 Kurdes, laissant leurs descendants apatrides pendant des générations. La citoyenneté syrienne est ainsi restaurée pour l’ensemble de cette population.

Le gouvernement a également déclaré le Newroz, le nouvel an kurde, comme jour férié national rémunéré. Le texte interdit toute discrimination ethnique et prévoit des sanctions contre l’incitation à la haine raciale, reconnaissant officiellement l’identité kurde comme une composante du tissu national syrien.

Un compromis militaire sous tension

En contrepartie de ces avancées sociétales et politiques, l’accord prévoit un redéploiement militaire conséquent. Les Forces démocratiques syriennes, jusqu’ici soutenues par les États-Unis, acceptent de céder le contrôle des provinces de Raqqa, Deir Ezzor et Hasakah à l’armée gouvernementale. À terme, les FDS doivent être intégrées aux ministères de la Défense et de l’Intérieur.

Toutefois, l’application sur le terrain reste fragile. Malgré l’annonce de l’accord, des affrontements armés ont été signalés lundi, notamment autour d’une prison détenant des membres de l’État islamique (EI) dans la ville d’al-Shadadi. Un analyste syrien cité par nos confrères d’Al Jazeera estime que la région assiste à « la fin des FDS » en tant qu’entité autonome.

Une communauté dispersée

Les Kurdes, souvent qualifiés de plus grand groupe ethnique apatride au monde avec une population estimée entre 30 et 40 millions de personnes, sont répartis principalement entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. En Syrie, ils avaient profité du retrait des troupes de Damas en 2012 pour établir une autonomie de fait dans le nord-est du pays, jouant ensuite un rôle central dans la défaite territoriale de l’État islamique en 2019.

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