C’est une décision qui marque la fin d’une ère diplomatique et sanitaire en Amérique centrale. Après trois décennies de collaboration ininterrompue, le Guatemala a officialisé, la semaine dernière, le démantèlement progressif de la mission médicale cubaine sur son sol. Ce programme, pilier du système de santé local dans les zones rurales, fait les frais d’un réalignement stratégique opéré par le gouvernement guatémaltèque en direction de Washington.
Le ministère de la Santé du Guatemala a annoncé une « cessation progressive » des activités de la brigade médicale cubaine tout au long de l’année. Dans un communiqué cité par notre confrère Al Jazeera, les autorités justifient cette mesure par la nécessité de remplacer les coopérants étrangers par du personnel national. Le plan prévoit le recrutement de médecins locaux, une redistribution des ressources humaines et des incitations financières pour pourvoir les postes dans les régions difficiles d’accès.
Cette annonce met un terme à un dispositif mis en place en 1998, au lendemain du passage dévastateur de l’ouragan Mitch. À l’époque, le système hospitalier guatémaltèque, submergé, avait accueilli ces renforts comme une nécessité vitale. Aujourd’hui, la mission compte encore 412 travailleurs, dont 333 médecins, déployés essentiellement dans des zones où l’offre de soins reste précaire.
**Une convergence d’intérêts avec la Maison Blanche**
Si les raisons techniques sont mises en avant par Guatemala City, le contexte géopolitique éclaire cette décision d’un jour nouveau. Le président Bernardo Arévalo, en poste depuis janvier 2024, a multiplié les gestes de coopération envers l’administration de Donald Trump, notamment sur la gestion des flux migratoires et les vols d’expulsion.
L’arrêt de la mission cubaine répond à une priorité de longue date de la politique étrangère américaine. Washington considère ce programme, qui rapporte des milliards de dollars à La Havane, comme un outil de diplomatie d’influence et une source de revenus cruciale pour le gouvernement communiste, déjà frappé par un embargo pétrolier et des sanctions sévères.
Les États-Unis qualifient régulièrement ces missions de « travail forcé », arguant qu’une grande partie des salaires versés par les pays hôtes est captée par l’État cubain. L’objectif affiché par l’administration Trump est d’assécher cette manne financière.
**Un précédent brésilien et des résistances caribéennes**
Le Guatemala n’est pas le premier pays à rompre ce lien sous l’influence américaine. Le Brésil, sous la présidence de Jair Bolsonaro, avait pris une mesure similaire en qualifiant la mission d’« esclavage », entraînant le départ de milliers de praticiens. En revanche, d’autres nations de la région ont choisi de résister aux pressions du Département d’État.
Plusieurs pays des Caraïbes, dont la Barbade et Trinité-et-Tobago, ont maintenu leurs accords avec Cuba malgré les menaces de restrictions de visas brandies par Washington. Leurs dirigeants ont publiquement déclaré que le maintien de leur système de santé primait sur les sanctions diplomatiques. De son côté, le Guyana a opté pour une voie médiane en annonçant récemment qu’il paierait désormais les médecins directement, contournant ainsi les caisses de l’État cubain pour tenter d’apaiser les tensions avec le voisin du Nord.