L’instruction du dossier contre l’ancien président philippin Rodrigo Duterte, détenu à La Haye depuis mars 2025, connaît une accélération majeure. Alors que l’audience de confirmation des charges approche, des documents rendus publics par l’accusation révèlent que la responsabilité pénale pourrait s’étendre au-delà de l’ex-chef de l’État. La Cour Pénale Internationale (CPI) pointe désormais directement la chaîne de commandement en impliquant des officiels actuellement en fonction.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, deux sénateurs philippins en exercice, Ronald « Bato » Dela Rosa et Christopher « Bong » Go, ont été identifiés comme « co-auteurs » des crimes contre l’humanité reprochés à l’ancien président. Ces noms figurent dans un document daté du 13 février et publié sur le site de la Cour vendredi dernier. Ils font partie d’une liste de huit officiels, actuels ou anciens, visés par le bureau du procureur.
Le document de l’accusation est explicite sur la nature de leur implication présumée. Il indique que Rodrigo Duterte et ses co-auteurs partageaient « un plan commun ou un accord pour ‘neutraliser’ les criminels présumés aux Philippines », incluant toute personne perçue comme liée à l’usage ou au trafic de drogue. Cette stratégie reposait, selon la CPI, sur des crimes violents, notamment des meurtres.
Ronald Dela Rosa, ancien chef de la police nationale, a été l’architecte principal de la « guerre contre la drogue » menée sous l’administration Duterte. Conscient des risques judiciaires qui pesaient sur lui, il vit caché depuis plusieurs mois. Christopher Go, quant à lui, a été réélu sénateur en mai dernier avec une large avance. Il fut un lieutenant clé de Duterte, tant à la mairie de Davao que durant sa présidence de 2016 à 2022.
La réaction des parties civiles ne s’est pas fait attendre. Kristina Conti, avocate de plusieurs familles de victimes, souligne que c’est la première fois que la CPI dévoile des « détails significatifs » au public. Pour elle, l’implication de hauts responsables démontre que cette politique meurtrière était conçue pour garantir l’impunité des exécutants. Ross Tugade, avocat accrédité auprès de la CPI, ajoute que ces désignations prouvent que la Cour dispose de preuves attestant d’une « structure criminelle » organisée.
Rodrigo Duterte, âgé de 80 ans, doit faire face à une audience de confirmation des charges de quatre jours à partir du 23 février. Les juges devront décider si les éléments rassemblés par le procureur sont suffisants pour ouvrir un procès. L’ancien président est accusé d’être impliqué dans au moins 76 meurtres, répartis entre ses mandats de maire et de président. La CPI a également autorisé vendredi l’ajout de 500 nouveaux plaignants au dossier.