Lors des récentes réunions législatives annuelles à Pékin, l’absence de plusieurs hauts responsables militaires n’est pas passée inaperçue. Ce vide institutionnel met en lumière une vaste campagne de limogeages et d’enquêtes visant le sommet de l’Armée populaire de libération (APL), impulsée par le président chinois Xi Jinping.
La chaîne d’information Al Jazeera, qui s’est penchée sur ces bouleversements, indique qu’une centaine d’officiers supérieurs de l’APL ont été écartés ou portés disparus depuis 2022, selon les estimations du projet China Power du CSIS. Parmi les figures les plus éminentes visées par ces procédures figurent le général Zhang Youxia, faisant l’objet d’une enquête pour « graves violations présumées de la discipline et de la loi » depuis fin janvier, et son allié, le général Liu Zhenli.
Ces retraits affectent directement la Commission militaire centrale, l’organe suprême de la défense du pays. Selon Kunihiko Miyake, ancien diplomate japonais et directeur de recherche au Canon Institute of Global Studies, cette instance stratégique a été sévèrement amputée : sur ses sept membres initiaux, seuls deux resteraient en poste, dont le président Xi Jinping lui-même.
Officiellement, cette restructuration s’inscrit dans la continuité de la politique anticorruption lancée en 2012. Le journal officiel de l’armée qualifie la corruption de « plus grand cancer érodant l’efficacité au combat ». Toutefois, des analystes soulignent que ces mouvements de grande ampleur traduisent des enjeux structurels plus profonds. Tristan Tang, chercheur au Pacific Forum, explique à Al Jazeera que ces limogeages en série révèlent des problèmes persistants dans le système de gestion du personnel de l’APL. Pour In-Bum Chun, général sud-coréen à la retraite, ces mesures pourraient également refléter des inquiétudes à Pékin concernant la loyauté des hauts gradés, un climat susceptible d’affecter la confiance interne au sein des troupes.
Cette reprise en main au sommet intervient alors que l’armée chinoise se prépare à célébrer son centenaire en août 2027. Cette date est régulièrement associée par les observateurs internationaux à l’échéance fixée pour atteindre une capacité opérationnelle permettant une éventuelle annexion de Taïwan. Malgré l’ampleur de la purge au niveau du commandement, les experts en sécurité estiment que les capacités sur le terrain demeurent intactes. Alexander Huang, président du Conseil d’études stratégiques de Taipei, observe que les exercices militaires autour de Taïwan se poursuivent sans perturbation majeure, signe que la chaîne d’entraînement et de préparation au combat de l’APL n’a pas été déstabilisée par ces changements hiérarchiques.