La tentative de rachat du Groenland pousse l’Union européenne à envisager l’activation d’un mécanisme de défense inédit

La tension diplomatique entre Washington et le Vieux Continent vient de franchir un nouveau cap. Alors que l’administration américaine menace d’imposer des droits de douane punitifs à huit pays européens refusant de céder le Groenland, l’Union européenne organise sa défense. Loin de se contenter de simples protestations diplomatiques, Bruxelles élabore une stratégie de riposte économique d’une ampleur rarement observée dans les relations transatlantiques.

L’affaire a pris une tournure concrète samedi, lorsque Donald Trump a annoncé l’instauration de taxes de 10 % dès le 1er février, pouvant grimper à 25 % en juin, sur les produits de huit nations : le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni. L’objectif affiché par la Maison Blanche est clair : maintenir cette pression financière jusqu’à la conclusion d’un accord pour l’achat du territoire semi-autonome danois.

Face à ce que les dirigeants européens qualifient de « spirale descendante dangereuse », la réaction ne s’est pas fait attendre. Dans une déclaration commune relayée par Al Jazeera, les huit pays visés ont affirmé leur « totale solidarité » avec le Danemark et le peuple groenlandais, rappelant leur attachement aux principes de souveraineté et d’intégrité territoriale.

Mais au-delà des mots, c’est sur le terrain économique que l’Europe compte porter le fer. Selon les informations circulant à Bruxelles, l’Union européenne envisage d’activer pour la première fois son instrument anti-coercition (ACI). Ce mécanisme, adopté en 2023 et surnommé le « bazooka commercial », permet au bloc de prendre des contre-mesures rapides et massives contre un pays tiers tentant d’influencer les décisions souveraines de l’UE ou de ses membres par le chantage économique.

Concrètement, l’activation de cet outil pourrait entraîner des représailles ciblant 93 milliards d’euros de marchandises américaines. Le dispositif autorise également des restrictions sur les investissements et la suspension des droits de propriété intellectuelle pour les entreprises étrangères opérant dans l’Union. Bernd Lange, président de la commission du commerce du Parlement européen, a d’ailleurs exhorté la Commission à utiliser cet instrument « immédiatement », soulignant qu’il a été conçu précisément pour ce type de scénario.

Les dirigeants politiques multiplient les prises de position fermes. Le président français Emmanuel Macron a martelé qu’aucune « intimidation ou menace » ne ferait plier l’Europe, tandis que le Premier ministre britannique Keir Starmer a qualifié les tarifs prévus de « totalement erronés ». De son côté, Antonio Costa, président du Conseil européen, a confirmé que le bloc resterait uni pour se défendre contre « toute forme de coercition ».

Cette escalade survient alors que le Danemark a catégoriquement exclu toute vente du Groenland. Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues des villes danoises ce week-end, scandant que le territoire « n’est pas à vendre », une position soutenue par la grande majorité des 57 000 habitants de l’île.

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