Les répercussions du 40e dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) prennent une tournure judiciaire au sommet de l’État. Les échanges d’accusations par médias interposés laissent désormais place à une procédure légale formelle.
Selon l’agence de presse Anadolu, le député de la 18ᵉ circonscription de Paris, Aymeric Caron (La France Insoumise), a officiellement annoncé le dépôt d’une plainte pour diffamation contre le Premier ministre français, Sébastien Lecornu. L’élu a rendu sa décision publique via la plateforme X, précisant avoir agi après consultation de son avocat.
Au cœur de cette confrontation se trouvent les déclarations tenues par le chef du gouvernement lors du dîner du Crif, un événement ayant rassemblé une vingtaine de ministres à Paris. Sébastien Lecornu y a publiquement accusé le parlementaire d’avoir prononcé une phrase qu’il a qualifiée de « digne des nazis », affirmant qu’Aymeric Caron aurait déclaré que les juifs « ne font pas partie de la même espèce que nous ».
La réponse du député a été immédiate et catégorique. Il dément formellement l’existence de cette citation, qu’il qualifie d’« antisémitisme répugnant ». Pour l’élu parisien, il s’agit d’un « mensonge énorme visant à discréditer un élu de la nation » et à nourrir une campagne de menaces dont il se dit la cible depuis plus de deux ans. Dénonçant un comportement qu’il juge irresponsable, il a comparé cette méthode à celle utilisée contre la rapporteure spéciale de l’ONU, Francesca Albanese, y voyant la marque d’une conversion du gouvernement à un « trumpisme débridé ».
Cette plainte s’inscrit dans un climat de tension préexistant entre le parlementaire et les instances du Crif. Quelques jours avant la tenue du dîner, Aymeric Caron avait publié un message accusant le président de l’institution, Yonathan Arfi, de « harcèlement » et de constituer des listes ciblant des personnalités publiques. Il lui reprochait également d’affaiblir la véritable lutte contre l’antisémitisme par son instrumentalisation. De son côté, lors de son discours au dîner, Yonathan Arfi a fermement défendu le droit à l’autodétermination du peuple juif, fustigeant l’émergence de ce qu’il décrit comme un « nouveau maccarthysme antisioniste ».