C’est depuis la tribune de la Conférence de Munich sur la sécurité que la diplomatie française a clarifié sa feuille de route pour les années à venir. Au sortir d’une réunion stratégique avec les homologues du G7, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a abordé les dossiers brûlants du moment, allant de la guerre en Ukraine aux tensions économiques avec la Chine. Mais c’est sur l’architecture même des Nations unies que Paris a formulé une position qui intéresse directement le continent africain.
**Une ouverture vers des sièges permanents pour l’Afrique**
Abordant la nécessaire modernisation des institutions internationales, Jean-Noël Barrot a confirmé, selon les propos relayés par l’agence Anadolu, que les membres du G7 et l’Inde s’accordent sur l’urgence d’une réforme de l’ONU. La France pousse officiellement pour un élargissement du Conseil de sécurité.
Cette reconfiguration ne se limiterait pas aux puissances économiques traditionnelles comme l’Allemagne ou le Japon. Le chef de la diplomatie française a explicitement soutenu l’octroi de sièges de membres permanents à l’Allemagne, au Brésil, à l’Inde, au Japon, ainsi qu’à deux pays africains. En parallèle, Paris envisage de soumettre, d’ici la fin de l’année, un texte visant à encadrer l’usage du droit de veto lors de situations d’atrocités de masse.
**Ukraine : des sanctions renforcées et une condition pour la paix**
Sur le front européen, la position française reste ferme vis-à-vis de Moscou. Jean-Noël Barrot s’est déclaré « raisonnablement optimiste » concernant l’adoption prochaine d’un 20ème paquet de sanctions. Ce nouveau volet vise spécifiquement à interdire les services maritimes facilitant le transport de pétrole russe, une mesure destinée à assécher les revenus énergétiques du Kremlin.
Quant à l’hypothèse de négociations, le ministre a posé un préalable diplomatique strict. Aucune discussion sur la paix, la levée des sanctions ou le financement de la reconstruction ne pourra se tenir sans la présence des Européens autour de la table. Interrogé sur un éventuel calendrier de reprise de contact avec le Kremlin, il a botté en touche, précisant simplement que cela se ferait « au moment où il sera utile ».
**L’objectif chiffré pour l’OTAN à l’horizon 2035**
La sécurité du continent passe également par une révision des engagements au sein de l’Alliance atlantique. Face aux évolutions de la politique américaine, Jean-Noël Barrot plaide pour une « européanisation » de l’OTAN. Cette autonomie stratégique s’accompagne d’un objectif financier précis : les alliés se sont engagés à porter leurs dépenses de défense à 3,5 % du PIB d’ici 2035. Cette hausse capacitaire vise à atteindre une parité stratégique avant d’envisager de nouveaux équilibres sécuritaires.
**La Chine, un partenaire sous surveillance**
Enfin, le volet économique a été dominé par la question chinoise. Qualifiant les performances de Pékin post-Covid de « spectaculaires », le ministre a reconnu le « choc » que cela représente pour l’industrie européenne. Tout en appelant à des partenariats respectueux et à l’ouverture du marché chinois, la France prévient que l’Europe n’hésitera pas à protéger ses « intérêts essentiels » si la coopération économique ne se rééquilibre pas.