Les bureaux de vote ont ouvert ce dimanche au Japon pour des élections législatives anticipées qui pourraient redéfinir l’équilibre politique de l’archipel. Alors que des conditions météorologiques difficiles marquent ce scrutin, la Première ministre Sanae Takaichi espère transformer l’essai de sa récente nomination en une domination parlementaire sans partage. L’enjeu dépasse le simple maintien au pouvoir : il s’agit pour la dirigeante conservatrice d’obtenir les moyens législatifs de ses ambitions réformatrices.
Selon les projections relayées par Al Jazeera, la coalition formée par le Parti Libéral Démocrate (PLD) de Mme Takaichi et le Parti de l’Innovation du Japon (Ishin) se dirige vers une large victoire. Les sondages créditent cette alliance de plus de 300 des 465 sièges de la chambre basse, une progression notable par rapport aux 233 sièges défendus actuellement.
L’objectif arithmétique de la Première ministre est précis. Si sa coalition atteint la barre des 310 sièges, elle disposera de la majorité nécessaire pour outrepasser la chambre haute, actuellement contrôlée par l’opposition. Une telle configuration permettrait à Sanae Takaichi, première femme à diriger le gouvernement japonais, de faire passer ses réformes sans entrave législative majeure.
Ce mandat renforcé servirait un agenda politique décrit comme ultraconservateur. Parmi les priorités affichées figurent une augmentation des dépenses de défense et un durcissement des mesures d’immigration, incluant un plafonnement du nombre de résidents étrangers. Mme Takaichi entend également réviser les politiques de sécurité d’ici décembre pour renforcer les capacités militaires offensives du Japon, s’éloignant ainsi davantage des principes pacifistes de l’après-guerre.
Sur le plan économique, la campagne a été dominée par la hausse du coût de la vie, préoccupation majeure des électeurs alors que la croissance des salaires peine à suivre l’inflation. Pour répondre à ces inquiétudes, la cheffe du gouvernement a promis de suspendre la taxe de vente de 8 % sur les denrées alimentaires pour une durée de deux ans. Cette mesure s’inscrit dans la continuité d’un plan de relance massif de 21 300 milliards de yens (environ 136 milliards de dollars) approuvé l’année dernière.
La dynamique électorale révèle un fossé générationnel. Sanae Takaichi bénéficie d’une forte popularité auprès des jeunes électeurs, un phénomène surnommé « sanakatsu » sur les réseaux sociaux. Un récent sondage indique que plus de 90 % des moins de 30 ans lui sont favorables. Cependant, cette tranche d’âge vote traditionnellement moins que les générations plus âgées, qui constituent le socle historique du PLD.
Le scrutin se déroule dans des conditions hivernales extrêmes. Des chutes de neige record, atteignant jusqu’à 70 cm, sont prévues dans les régions du nord et de l’est, obligeant certains électeurs à braver le blizzard pour se rendre aux urnes. Ce facteur climatique pourrait peser sur le taux de participation, qui oscille généralement autour de 55 % lors des législatives, et potentiellement amplifier l’influence des blocs de vote organisés comme celui du Komeito, ancien partenaire de coalition désormais dans l’opposition.