Hongrie : Pour avoir bravé l’interdiction d’un rassemblement de masse à la capitale, la réponse judiciaire servie au maire Gergely Karacsony

La confrontation politique et judiciaire se durcit en Europe centrale entre le pouvoir national conservateur et l’administration de la capitale. Ce mercredi, le parquet hongrois a officiellement enclenché des poursuites à l’encontre de Gergely Karacsony, figure de l’opposition et premier magistrat de Budapest. Au cœur de ce dossier judiciaire se trouve un bras de fer institutionnel concernant l’organisation d’un événement sociétal d’envergure, tenu l’an dernier malgré un veto formel des autorités policières et gouvernementales.

Les procureurs ont annoncé avoir déposé des charges et requis une amende contre l’édile pour avoir « organisé et dirigé un rassemblement public malgré une interdiction de la police ». Selon les éléments relayés par Al Jazeera, le parquet a proposé au tribunal d’imposer cette sanction par le biais d’un jugement sommaire, sans passer par la tenue d’un procès complet. Si le montant exact de l’amende requise n’a pas été divulgué, cette procédure marque une nouvelle étape dans les tensions entre la mairie de Budapest et le gouvernement du Premier ministre Viktor Orban.

Le dossier remonte à juin dernier, lors de la tenue de la marche des fiertés (Budapest Pride). Alors que le parti Fidesz au pouvoir avait amendé la constitution et les lois en 2025 pour interdire cette manifestation annuelle, invoquant la promotion des « valeurs familiales traditionnelles », la mairie de Budapest avait choisi de contourner cette directive. L’administration municipale s’était impliquée directement dans la co-organisation de l’événement pour tenter de surmonter les obstacles réglementaires. Malgré les mises en garde de Viktor Orban sur de possibles « conséquences juridiques », le rassemblement s’était tenu, attirant selon les organisateurs près de 200 000 personnes, ce qui en a fait la plus grande marche pour les libertés depuis des décennies dans le pays.

Théoriquement, Gergely Karacsony encourt jusqu’à un an de prison pour avoir incité à la participation à un rassemblement interdit. Toutefois, la demande du parquet semble s’orienter vers une sanction pécuniaire, qui pourrait également toucher les participants, passibles d’amendes allant jusqu’à 500 euros. La police avait pourtant indiqué en juillet qu’elle n’engagerait pas de poursuites contre les marcheurs individuels.

Réagissant à cette inculpation, le maire de Budapest a adopté une posture de défi. Sur les réseaux sociaux, il a déclaré être passé du statut de « suspect fier » à celui d’« accusé fier », affirmant que le pouvoir central ne souhaite pas de procès car il est incapable de comprendre la défense de la liberté face à un pouvoir jugé « égoïste et mesquin ». Cette position est soutenue à l’échelle européenne par le Parti vert, dont Gergely Karacsony est un affilié via son parti Dialogue. Ciaran Cuffe, coprésident des Verts européens, a qualifié ces charges de « scandaleuses », soulignant que malgré l’interdiction, l’événement a prouvé la mobilisation massive des citoyens hongrois.

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