Une session extraordinaire s’est tenue à Vienne sous l’égide de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), focalisant l’attention mondiale sur la précarité des installations nucléaires en zone de conflit. Alors que les regards se tournent habituellement vers les réacteurs eux-mêmes, l’instance onusienne met en lumière une vulnérabilité périphérique mais critique, exacerbée par les récentes frappes russes. Au-delà des constats techniques, la situation sur le terrain reste suspendue à un fil diplomatique ténu impliquant Washington et Moscou.
Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA, a qualifié la guerre en Ukraine de « plus grande menace mondiale pour la sûreté nucléaire » lors de l’ouverture de cette réunion du conseil des gouverneurs. Cette déclaration fait suite à une inspection de plusieurs semaines menée par des experts de l’agence sur dix sous-stations électriques ukrainiennes. Selon les conclusions rapportées par Al Jazeera, ces infrastructures sont jugées « cruciales » pour éviter un accident majeur.
Le danger ne réside pas uniquement dans une frappe directe sur une centrale, mais dans la rupture de l’alimentation électrique externe. Bien que les centrales nucléaires produisent de l’énergie, elles dépendent paradoxalement d’un apport extérieur constant via ces sous-stations pour maintenir le refroidissement de leurs réacteurs. Une interruption prolongée de ce circuit pourrait entraîner une surchauffe incontrôlée. L’Ukraine compte quatre centrales, dont celle de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, occupée par les forces russes depuis 2022 et dont les six réacteurs sont actuellement à l’arrêt, bien que toujours dépendants du réseau pour leur sécurité.
Sur le plan diplomatique, cette réunion a été convoquée à la demande des Pays-Bas, soutenus par onze autres nations, dans le but d’accentuer la pression sur la Russie. L’ambassadeur néerlandais Peter Potman a souligné que les attaques « continues et quotidiennes » contre l’infrastructure énergétique ukrainienne rapprochent dangereusement la perspective d’un accident nucléaire de la réalité. De son côté, l’ambassadeur russe Mikhaïl Oulianov a rejeté ces inquiétudes, qualifiant la réunion de « politiquement motivée ».
L’actualité immédiate reste toutefois marquée par une tentative de désescalade temporaire. Le président américain Donald Trump a affirmé jeudi que la Russie avait accédé à sa demande de ne pas frapper les infrastructures énergétiques ukrainiennes pendant une semaine. Une information corroborée sur le terrain par le président Volodymyr Zelenskyy, qui a confirmé l’absence de frappes russes sur des cibles énergétiques depuis jeudi soir.
Cette accalmie pourrait cependant être de très courte durée. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a laissé entendre que cette pause dans les offensives pourrait prendre fin dès ce dimanche, maintenant ainsi un niveau d’incertitude maximal sur la sécurité du réseau électrique et, par extension, sur celle des installations nucléaires du pays.