Les récentes interpellations de figures politiques et médiatiques continuent de susciter de vives réactions au sein de l’opinion sénégalaise. Alors que les auditions de Doudou Wade et du journaliste Pape Ngagne Ndiaye alimentent les débats, Ibrahima Thiam, président du parti ACT, livre une analyse qui dépasse le simple cadre judiciaire. Dans une tribune relayée par Emedia, il décrypte ce qu’il considère comme une transformation inquiétante des rapports entre le pouvoir et ses contradicteurs.
Pour le leader de l’ACT, ces événements ne sont pas des faits isolés, mais les symptômes d’une atmosphère politique où la critique est de plus en plus difficilement acceptée. L’ancien parlementaire Doudou Wade et l’animateur de « Faram Facce » ne seraient, selon lui, que les visages d’une reprise en main plus large de l’espace public.
**Une « pédagogie de la dissuasion »**
Ibrahima Thiam perçoit dans la convocation de Doudou Wade une forme d’intolérance envers l’expérience et la mémoire politique. Il estime que l’engagement démocratique, au lieu d’être valorisé, tend à devenir une « circonstance aggravante » aux yeux des tenants actuels du pouvoir. L’acte de convoquer n’est pas anodin pour le président de l’ACT : il s’agit d’une manœuvre qu’il qualifie d’« intimidation feutrée ».
Cette méthode, décrite comme une « pédagogie de la dissuasion », viserait moins à sanctionner des délits avérés qu’à envoyer un message clair : la parole libre est surveillée. Thiam souligne que l’érosion démocratique ne passe plus nécessairement par des ruptures brutales, mais par une succession de gestes administratifs banalisés, destinés à rappeler « qui parle, et surtout qui devrait se taire ».
**Le journalisme frontal dans le viseur**
Le cas du journaliste Pape Ngagne Ndiaye est également abordé sous l’angle de la liberté de ton. Ibrahima Thiam défend le style « frontal » de l’émission Faram Facce, rappelant que l’insistance et l’absence de complaisance font partie intégrante du métier d’informer.
Selon son analyse, reprocher ce style aujourd’hui reviendrait à exiger un « journalisme décoratif », inoffensif et reconnaissant. Ce qui est visé à travers cette convocation, insiste-t-il, c’est l’idée même que le débat public ne peut pas être régulé par des rappels à l’ordre administratifs.
**Vers une « police de la métaphore » ?**
L’auteur de la tribune met en garde contre une dérive où l’ironie, l’allégorie et la métaphore deviendraient suspectes. Il évoque, avec une pointe de cynisme, le risque de voir s’instaurer une « police de la métaphore » ou un registre des opinions autorisées, le tout sous le couvert de la consolidation démocratique.
En conclusion de son propos, Ibrahima Thiam rappelle que l’histoire politique retient davantage ceux qui ont eu le courage de parler, même lorsque cela dérangeait, plutôt que ceux qui ont cherché à les faire taire par la voie des convocations.
Aucune mention de la république et valeurs républicaines. Une simple lecture politique et partisante.