Depuis le début de l’année 2026, l’intervention humanitaire dans la bande de Gaza et en Cisjordanie occupée se heurte à un durcissement administratif drastique imposé par les autorités israéliennes. Alors que plusieurs organisations ont vu leurs licences révoquées le 1er janvier pour non-respect de nouveaux « standards de sécurité », l’une des plus importantes ONG médicales au monde s’est trouvée face à un ultimatum. Pour maintenir sa présence auprès des populations civiles, Médecins Sans Frontières (MSF) a dû trancher ce qu’elle qualifie elle-même de « choix impossible ».
L’organisation médicale a confirmé, selon des informations relayées par Al Jazeera, qu’elle allait désormais transmettre aux autorités israéliennes des informations personnelles concernant son personnel palestinien et international. Cette décision intervient après qu’Israël a retiré les licences de 37 groupes d’aide, dont MSF, le Conseil norvégien pour les réfugiés et Oxfam, bloquant de fait l’arrivée de personnel international et de matériel médical depuis plusieurs semaines.
**La nature des données exigées**
Le cœur du dossier réside dans le niveau de détail des informations réclamées par le ministère israélien des Affaires de la diaspora. Pour continuer à opérer, MSF a accepté de fournir non seulement les passeports et les CV de ses employés, mais également les noms des membres de leurs familles, y compris ceux de leurs enfants.
L’organisation précise qu’il s’agit d’une « mesure exceptionnelle » et qu’elle est prête à partager une « liste définie » de noms, soumise à des paramètres clairs plaçant la sécurité du personnel au centre du processus. MSF assure que ses employés palestiniens ont donné leur accord après des discussions approfondies, dans l’espoir que cette transparence forcée permette la reprise des opérations vitales.
**Inquiétudes sur la sécurité du personnel**
Cette concession suscite de vives réactions au sein de la communauté médicale et humanitaire. Les critiques soulignent le danger potentiel de livrer de telles données à une armée accusée d’avoir tué plus de 1 700 travailleurs de la santé durant le conflit, dont 15 employés de MSF. Israël affirme de son côté vouloir écarter les organisations soupçonnées de soutenir des « groupes armés », bien qu’aucune preuve n’ait été fournie concernant des liens entre le personnel de MSF et des combattants palestiniens.
Le chirurgien britannique Ghassan Abu Sittah, habitué des missions à Gaza, a dénoncé une « faillite morale », estimant que le consentement du personnel palestinien ne peut être libre en période de génocide. De son côté, Hanna Kienzler, professeure au King’s College de Londres, s’est interrogée sur la protection des employés locaux, craignant qu’ils ne soient traités comme de la « chair à canon » pour permettre le maintien de la mission.
Actuellement, Israël affirme que 23 organisations se sont pliées à ces nouvelles règles d’enregistrement, tandis que d’autres évaluent encore la situation. Sur le terrain, les besoins restent immenses : malgré les promesses d’autoriser 600 camions d’aide par jour, les acteurs locaux rapportent qu’à peine 200 véhicules franchissent réellement les points de contrôle.