La réouverture tant attendue du point de passage de Rafah, lundi, devait marquer un tournant humanitaire après dix-huit mois de siège. Censée faciliter les évacuations médicales et les retours vers l’enclave palestinienne, l’opération s’est finalement déroulée sous un protocole sécuritaire drastique qui a considérablement limité les mouvements, bien en deçà des volumes initialement annoncés.
Alors que les autorités israéliennes s’étaient engagées à laisser passer cinquante personnes dans chaque direction, le bilan réel de cette première journée d’ouverture s’avère bien plus modeste. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, seuls cinq patients nécessitant une évacuation médicale ont été autorisés à quitter Gaza pour être soignés à l’étranger. Dans le sens inverse, douze Palestiniens ont pu regagner leur domicile.
Ce décalage entre les promesses et la réalité sur le terrain s’explique par la lourdeur des procédures imposées par Tel-Aviv. Hani Mahmoud, correspondant d’Al Jazeera présent à Gaza City, rapporte que les voyageurs ont été retenus pendant de longues heures en raison d’un processus de validation sécuritaire complexe mis en place par l’armée israélienne. De nombreuses familles attendaient pourtant le retour de cinquante proches, un espoir déçu par ces lenteurs administratives.
Les restrictions ne concernent pas uniquement le nombre de passages, mais aussi les critères d’éligibilité. Actuellement, seules les personnes ayant quitté Gaza durant le conflit sont autorisées à y retourner, et ce, après un examen sécuritaire approfondi. Pour les départs, la situation est tout aussi critique : les responsables de la santé à Gaza estiment que 20 000 enfants et adultes sont en attente urgente de soins médicaux en Égypte ou ailleurs. Lundi, des ambulances ont fait la queue pendant des heures à la frontière, comme l’ont montré les images de la chaîne égyptienne Al-Qahera News, mais seule une poignée de patients a obtenu le feu vert.
Face à cette situation, Tom Fletcher, sous-secrétaire général des Nations Unies aux affaires humanitaires, a qualifié cette réouverture partielle d’insuffisante, insistant sur la nécessité d’un véritable corridor humanitaire. Le Qatar, médiateur dans les négociations, a salué « un pas dans la bonne direction » par la voix de son ministère des Affaires étrangères, tout en exhortant Israël à appliquer pleinement l’accord pour garantir un flux ininterrompu d’aide.
Sur le terrain, la violence persiste. Parallèlement à ces mouvements frontaliers limités, des attaques israéliennes ont été signalées lundi dans le centre et le nord de Gaza. L’agence de presse palestinienne Wafa a rapporté le bombardement d’un site proche d’un rassemblement funéraire à Nuseirat, causant la mort de deux personnes. Ces nouveaux décès portent le bilan humain, selon les autorités sanitaires palestiniennes, à au moins 71 800 morts et 171 555 blessés depuis le début des hostilités en octobre 2023.