Maysera al-Kafarna trie encore les vêtements bleus destinés à l’enfant qu’elle espérait porter. À Gaza City, cette femme palestinienne incarne une facette moins visible mais dévastatrice du conflit en cours : la destruction des espoirs de maternité. Alors que les combats ont ravagé le système de santé de l’enclave, une infrastructure bien précise a été particulièrement visée, compromettant l’avenir démographique de tout un territoire.
Après des années d’essais infructueux, Maysera et son mari s’étaient tournés vers la fécondation in vitro (FIV). Leurs embryons, congelés dans un centre spécialisé, attendaient la fin des hostilités pour être implantés. Cet espoir a été anéanti lorsque la clinique a été frappée par l’armée israélienne. « Nous avions quatre embryons viables stockés là-bas. Nous avons été choqués d’apprendre qu’ils avaient été détruits », confie-t-elle à Al Jazeera. Pour ce couple, la perte est ressentie comme celle d’une partie d’eux-mêmes.
**Une destruction quasi systématique des infrastructures de fertilité**
Ce cas individuel s’inscrit dans une tendance lourde documentée par les responsables médicaux sur place. Selon les données recueillies, neuf cliniques de fertilité sur dix ont été détruites dans le territoire palestinien. Pour les rares établissements encore debout, la situation reste critique : les pénuries de carburant et le manque d’azote liquide, indispensables au maintien des températures de congélation, menacent directement les embryons restants, malgré les trêves ponctuelles.
Les défenseurs des droits de l’homme et les enquêteurs des Nations Unies dressent un constat sévère de ces opérations. En septembre 2024, une commission d’enquête de l’ONU a conclu qu’Israël s’était livré à quatre des cinq actes classés comme génocidaires par la Convention de 1948, incluant les mesures visant à entraver les naissances au sein d’un groupe.
**Des frappes identifiées comme intentionnelles**
Le rapport onusien s’est penché spécifiquement sur le bombardement de la clinique de FIV Al-Basma à Gaza City, survenu en décembre 2023. Cette attaque a entraîné la perte de milliers d’embryons et d’échantillons de sperme. La commission a établi que les autorités israéliennes connaissaient la nature de l’établissement et avaient l’intention de le détruire, qualifiant l’acte de mesure destinée à empêcher les naissances parmi les Palestiniens.
Les conséquences démographiques de ces attaques, combinées au blocus, sont déjà chiffrées. Le ministère de la Santé de Gaza rapporte une baisse de 41 % des naissances au premier semestre 2025 par rapport aux trois années précédentes. Outre les frappes directes, le blocage de l’aide médicale et alimentaire a provoqué une hausse de l’infertilité, des fausses couches et des complications maternelles, selon une étude de Physicians for Human Rights.
Malgré ce tableau sombre, le docteur Abdel Nasser al-Kalhout, spécialiste de la fertilité, conserve l’ambition de reprendre son activité. « Nous espérons qu’après la fin de la guerre, nous pourrons recommencer, redonner de l’espoir aux personnes qui ont perdu leurs embryons », a-t-il déclaré, soulignant la volonté de poursuivre les traitements interrompus par le conflit.