La maîtrise des données publiques est devenue un enjeu stratégique majeur pour les États face à la domination des géants technologiques internationaux. Dans cette optique, le gouvernement français a officialisé un plan ambitieux visant à s’affranchir des solutions de visioconférence étrangères au profit d’une architecture interne. Ce basculement, prévu pour s’étaler jusqu’en 2027, répond à une double exigence de sécurité et d’économie budgétaire.
L’outil désigné pour mener cette transition numérique se nomme Visio. Développée par la Direction interministérielle du numérique (DINUM), cette plateforme a été présentée comme le futur standard pour l’ensemble des ministères et services de l’État. C’est lors d’une visite au laboratoire I2BC du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) que David Amiel, ministre délégué chargé de la Fonction publique, a détaillé ce calendrier de déploiement.
Selon les informations relayées par Anadolu, cette initiative s’inscrit directement dans la stratégie de souveraineté numérique de Paris. L’objectif affiché est de réduire drastiquement la dépendance aux éditeurs de logiciels étrangers, souvent soumis à des juridictions extraterritoriales, afin de garantir la confidentialité des communications électroniques publiques.
Le déploiement de Visio ne part pas de zéro. La solution est déjà en phase pilote depuis environ un an, utilisée par près de 40 000 agents publics. Parmi les premières institutions à avoir intégré ce système figurent le CNRS, l’Assurance Maladie, la Direction générale des finances publiques (DGFiP) et le ministère des Armées. L’objectif à court terme est d’étendre son utilisation à 200 000 utilisateurs.
Au-delà de l’aspect sécuritaire, l’argument financier pèse lourd dans cette décision. Le gouvernement estime que la migration vers Visio permettra de réaliser des économies substantielles, évaluées à environ un million d’euros par an pour chaque tranche de 100 000 utilisateurs, grâce à la suppression progressive des licences payantes des solutions étrangères.
Sur le plan technique, Visio s’intègre à « La Suite Numérique », un ensemble d’outils souverains conçus pour l’administration. La plateforme bénéficie d’un hébergement sur le sol français via une infrastructure cloud certifiée SecNumCloud par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), assurant ainsi que les données restent strictement sous juridiction française.