France : Accusé d’influencer les élus via 101 voyages offerts, un lobby pro-israélien risque de basculer sous un nouveau régime juridique

C’est une confrontation chiffrée qui a eu lieu ce mercredi au sein de la Commission des lois de l’Assemblée nationale française. Au cœur des échanges : l’influence grandissante des groupes d’intérêts sur les élus de la République et la frontière parfois floue entre diplomatie parlementaire et lobbying. L’audition du président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a permis de mettre en lumière des données comptables précises concernant les déplacements des députés, déclenchant l’ouverture d’une procédure d’examen officielle.

L’interpellation est venue de la députée de La France insoumise (LFI), Gabrielle Cathala. S’appuyant sur un décompte établi pour l’année 2024, l’élue a pointé du doigt une disproportion statistique dans le financement des missions parlementaires. Selon les chiffres avancés lors de l’audition, « 101 des 666 voyages déclarés par les parlementaires français » ont été intégralement pris en charge par une seule structure : l’organisation Elnet. Cela représente plus de 15 % de l’ensemble des déplacements déclarés, avec un coût moyen estimé à 4 000 euros pour des séjours de quatre jours.

Pour la parlementaire, cette générosité n’est pas sans contrepartie politique. Gabrielle Cathala a explicitement lié ces voyages « tous frais payés » aux prises de position de certains élus, citant notamment la députée Caroline Yadan et la ministre Aurore Bergé. Selon elle, les bénéficiaires de ces déplacements se retrouvent fréquemment parmi ceux qui contestent la légitimité des mandats d’arrêt émis par la Cour pénale internationale contre Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant, ou qui défendent une conception extensive du « droit d’Israël à se défendre ».

Face à ces accusations de « méthodes inacceptables », la réponse de la Haute Autorité ne s’est pas fait attendre. Le président de l’institution a confirmé, selon Anadolu, qu’une instruction était actuellement en cours. L’enjeu n’est pas anodin : il s’agit de déterminer si Elnet doit être inscrit au répertoire des activités d’influence étrangère, un mécanisme de contrôle renforcé instauré par la législation de 2024. « La question se pose », a admis le responsable, précisant que ses services analysent si l’organisation relève de la définition de « mandant étranger » telle que fixée par le décret du 31 juillet 2025.

Cette potentielle requalification juridique marquerait un tournant dans l’encadrement des lobbys en France. Gabrielle Cathala, qui plaide pour une interdiction pure et simple de l’organisation qu’elle qualifie d’« officine au service d’un gouvernement étranger », a salué sur le réseau social X cette instruction comme un « premier pas », tout en réclamant des règles plus strictes sur le financement des voyages des élus.

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