Tactiquement, le Sénégal a vraiment progressé. L’équipe sait de plus en plus s’adapter au rythme de l’adversaire et sait aussi fermer le jeu adverse tout en imposant le sien, ce qui faisait parfois défaut. Il y a encore des imperfections, car nous traînons quelques lacunes tactiques et techniques qui peuvent coûter cher face à un adversaire plus redoutable, mais nous avons beaucoup plus de certitudes qui nous permettent de nous imposer plus facilement face à des équipes du même niveau ou moins fortes. Mais, il nous faut vraiment un « neuf de surface » : quelqu’un qui soit toujours présent dans la surface de réparation parce que les occasions sont toujours là avec vos joueurs de côté. Un vrai neuf un peu à l’ancienne avec des qualités techniques qui lui permettent de lire le jeu et d’être lucide devant les buts, avec la même adresse, mais un vrai « neuf de surface ». C’est l’une des choses qui manquent à cette équipe, et je pense que nous devons régler ce problème au plus vite.
Dès la demi-heure de jeu, le match a commencé à basculer sur le plan tactique. Le Maroc, après une entame bien organisée, a progressivement douté et perdu le contrôle du tempo. Le choix marocain de laisser nos défenseurs centraux libres à la relance, afin de verrouiller les circuits de passes au milieu, a d’abord fonctionné. Gana Gueye, ciblé par un véritable tampon, avait peu de liberté dans la projection, ce qui bloquait la progression du jeu dans l’axe, car nos adversaires ont identifié Pape Gueye comme le détonateur.
Côté marocain, l’excès d’engagement a fini par coûter cher. Le carton évitable de Lamine, pris en réponse à des provocations inutiles, a symbolisé cette perte de maîtrise émotionnelle, au moment même où le match demandait lucidité et patience. Ce carton a également influé sur le rythme, puisqu’il l’a amené à baisser légèrement d’intensité, alors qu’il était le meilleur Sénégalais du milieu durant les vingt premières minutes.
La clé se situait alors dans un simple réajustement : mieux coordonner le duo Gana–Pape afin d’apporter plus d’intensité à la deuxième relance, tout en demandant à Iliman d’être plus rigoureux dans ses prises de décision. Une fois ces réglages identifiés en seconde période, nous avons commencé à mieux lire le pressing adverse et à étirer le bloc marocain, déjà en proie au doute.
Le tournant intervient à l’entrée d’Abdoulaye Seck. Ce changement annonce un basculement structurel : le Sénégal passe à trois derrière. Ismaïla Sarr est repositionné en piston, un rôle déjà expérimenté par Aliou Cissé, et qui va immédiatement poser des problèmes au couloir marocain. Avec ce système, la largeur devient une arme, les transitions gagnent en tranchant et les courses d’Ibrahim Mbaye, sur une ou deux projections, accentuent le doute côté marocain. La lecture de Pape Thiaw devient alors beaucoup plus lisible.
Le premier contre est révélateur. Il confirme ce que le match laissait déjà entrevoir : la profondeur, la fraîcheur et surtout la richesse du banc sénégalais font la différence. La lecture de Thiaw était juste, l’adaptation rapide, et le rapport de force bascule définitivement. Le doute s’installe davantage, même si le Maroc est resté tactiquement discipliné et s’est appuyé sur ses forces. Sauf qu’encore une fois, la force du Sénégal, c’est aussi son banc. Et Pape Thiaw a été intelligent dans la gestion de son groupe tout au long de la compétition, mais surtout dans sa capacité à ajuster ses choix tactiques en cours de match, sans renier l’équilibre collectif.
Cette finale est tactiquement et techniquement l’une des plus belles du football : un Maroc qui était également capable de nous surprendre sur des détails ; et un Sénégal qui s’est présenté avec plus de certitudes collectives et individuelles, une profondeur d’effectif décisive et une lecture du jeu supérieure dans les moments clés.
Vive le football
Vive l’Afrique !
Bravo les Lions !
Cherif Sadio, directeur de développement du SFC Neuilly sur Marne (National 3, France), ex-directeur du Casa Sports (Ligue 2, Sénégal), enseignant en langues étrangères.