À Genève, l’heure est à la gravité pour les instances onusiennes. Confronté à une baisse drastique des ressources allouées par les grandes puissances, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a dû officialiser, ce jeudi, une situation de précarité inédite qui menace directement sa capacité d’action sur le terrain. L’agence, pilier central de la protection des libertés fondamentales, se dit désormais contrainte de fonctionner dans une logique d’urgence absolue.
Le Haut-Commissaire Volker Turk a lancé un appel pressant à la communauté internationale pour réunir une enveloppe de 400 millions de dollars, somme indispensable pour couvrir les besoins de financement de l’année en cours. Selon les informations relayées par Al Jazeera, l’agence est passée en « mode survie », une situation qui a déjà eu des répercussions concrètes : l’année dernière, les coupes budgétaires ont forcé la réduction des opérations dans 17 pays, dont le Tchad, la Colombie et le Myanmar.
**Le retrait américain pèse lourd sur la balance**
Cette crise de liquidités s’explique en grande partie par le changement de cap de l’administration américaine. Alors que le gouvernement de l’ancien président Joe Biden s’était imposé comme le premier donateur individuel en 2024 avec 36 millions de dollars de contributions volontaires, la nouvelle administration du Président Donald Trump a suspendu ses versements pour 2025. Donald Trump, critique régulier de l’institution, estime que l’ONU n’a pas été à la hauteur de son potentiel, une position cohérente avec les retraits précédents des États-Unis d’organismes tels que l’OMS ou l’UNESCO durant son premier mandat.
**Un système de surveillance fragilisé**
Pour Volker Turk, les conséquences de ce désengagement financier dépassent les simples colonnes comptables. « Ces coupes et réductions délient les mains des auteurs de violations partout dans le monde, les laissant agir à leur guise », a-t-il averti devant les diplomates réunis au siège de l’organisation. Le responsable onusien souligne l’incohérence qu’il y a à affaiblir le système de surveillance des droits humains au moment même où les crises géopolitiques se multiplient.
Ce cri d’alarme fait écho à celui du Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Dans une lettre adressée le mois dernier aux États membres, ce dernier évoquait un risque d’« effondrement financier imminent » si les règles de financement n’étaient pas révisées ou si les 193 nations ne s’acquittaient pas de leurs cotisations. L’année précédente, le Haut-Commissariat avait sollicité 500 millions de dollars de contributions volontaires mais n’en avait reçu que 257 millions, creusant un déficit structurel qui met aujourd’hui l’institution au pied du mur.