Face à une économie parallèle de 467 millions de dollars, la stratégie de riposte commune définie par quinze États à Dakar

Quinze pays d’Afrique de l’Ouest se sont réunis à Dakar, ce lundi 9 février 2026, pour traiter d’une problématique qui a largement dépassé le stade de la simple délinquance rurale. Sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ministres et experts ont ouvert un atelier de haut niveau visant à endiguer un phénomène désormais considéré comme une menace directe pour la stabilité régionale.

Le diagnostic posé lors de cette rencontre est préoccupant : le vol de bétail n’est plus une activité isolée, mais une filière structurée et transnationale. Selon les données exposées par Sud Quotidien, ce fléau s’est enraciné dans les zones de vulnérabilité sécuritaire, particulièrement dans l’espace du Liptako-Gourma, à la frontière entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Dans ces régions, le bétail est devenu une monnaie d’échange et un levier de pression pour les groupes armés, alimentant une économie parallèle dont les répercussions se font sentir bien au-delà des zones pastorales.

Une hémorragie financière massive

Les chiffres avancés par la FAO illustrent l’ampleur du désastre économique. Les pertes annuelles liées à ce trafic sont estimées à plus de 467 millions de dollars. Cette manne financière échappe aux États et profite aux réseaux de criminalité organisée ainsi qu’aux groupes armés, fragilisant par la même occasion des millions de familles pour qui le troupeau constitue l’unique capital économique et social.

Le Sénégal, par la voix de son ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Mabouba Diagne, a plaidé pour une rupture avec les approches strictement nationales. Présidant la cérémonie d’ouverture, l’officiel sénégalais a insisté sur l’urgence d’harmoniser les dispositifs d’identification et de traçabilité du bétail. « Le vol de bétail n’est pas seulement une atteinte aux biens des éleveurs. Il constitue une menace grave pour la stabilité économique, la sécurité alimentaire, la paix sociale et la mobilité pastorale », a-t-il déclaré, marquant la détermination de Dakar à jouer un rôle moteur dans cette coalition sous-régionale.

Le Mali durcit sa législation pénale

L’exemple du Mali, présenté par le ministre de l’Élevage et de la Pêche, Youba Bah, témoigne de la gravité de la situation sur le terrain. Entre 2016 et 2022, ce pays a enregistré des pertes évaluées à 18 milliards de francs CFA. Face à ce constat, Bamako a opéré un virage répressif majeur en intégrant la criminalisation du vol de bétail dans son nouveau Code pénal adopté en décembre 2024. Cette mesure s’accompagne d’une stratégie nationale incluant la traçabilité électronique et la sécurisation des couloirs de transhumance.

Pour la FAO, représentée par sa Coordonnatrice sous-régionale Bintia Stephen Tchicaya, l’issue ne peut être que collective. L’organisation onusienne a produit plusieurs analyses et manuels de bonnes pratiques en 2025 pour servir de socle à cette action concertée. L’objectif final des travaux de Dakar est clair : aboutir à un plan d’action régional capable d’assécher ces circuits criminels par une coopération judiciaire et opérationnelle sans faille entre les États membres.

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