Essai clinique en Guinée-Bissau : le protocole imposé à la moitié des 14 000 bébés qui a justifié la suspension

C’est une décision radicale prise par les autorités de Bissau le 22 janvier dernier, mettant un coup d’arrêt immédiat à une recherche médicale d’envergure financée par les États-Unis. Alors que des chercheurs danois s’apprêtaient à lancer une étude sur 14 000 nouveau-nés en Guinée-Bissau, le gouvernement a ordonné la suspension du projet face à la levée de boucliers d’experts internationaux. Au cœur du dossier, une méthodologie scientifique précise a été jugée contraire à l’éthique médicale fondamentale.

Le projet, dirigé par le Bandim Health Project et rattaché à l’Université du Danemark du Sud, visait à étudier les effets non spécifiques du vaccin contre l’hépatite B. Pour mener à bien cette comparaison sur cinq ans, les chercheurs avaient établi un protocole divisant les 14 000 nourrissons en deux groupes distincts. C’est la gestion de l’un de ces deux groupes qui a provoqué l’intervention des autorités sanitaires.

Selon les détails du protocole rapportés par Al Jazeera, l’étude prévoyait que la moitié des enfants reçoive le vaccin à la naissance, conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). L’autre moitié, soit 7 000 nouveau-nés, devait voir sa vaccination retardée de six semaines. L’objectif des scientifiques était de comparer l’état de santé des deux groupes sur le long terme. Or, en Guinée-Bissau, environ une personne sur cinq est porteuse du virus de l’hépatite B, exposant les nourrissons non protégés à un risque élevé de transmission mère-enfant.

L’ancienne ministre de la Santé de Guinée-Bissau, Magda Robalo, a vivement réagi à cette approche. Elle souligne qu’il est « contraire à l’éthique de refuser aux enfants une intervention dont nous savons qu’elle fonctionne ». Bien que le pays manque parfois de doses pour vacciner tout le monde à la naissance, les critiques estiment inacceptable de priver volontairement des enfants d’une protection disponible au nom de la recherche. Le gouvernement bissau-guinéen prévoit d’ailleurs de généraliser la vaccination à la naissance d’ici 2028.

Les chercheurs, Christine Stabell Benn et Peter Aaby, connus pour leurs travaux sur les effets secondaires supposés des vaccins, ont obtenu un financement de 1,6 million de dollars (environ 960 millions de FCFA) en décembre dernier. Ce financement provient des États-Unis, dans un contexte où Robert F. Kennedy Jr, connu pour ses positions sceptiques sur la vaccination, exerce une influence croissante sur les orientations sanitaires américaines. Des documents divulgués indiquent que l’étude cherchait notamment à établir des liens potentiels entre le vaccin à la naissance et des troubles neurodéveloppementaux.

Face à l’ampleur des critiques et après avoir constaté que l’Institut national de santé publique n’avait pas été informé, le nouveau ministre de la Santé, Quinhin Nantote, a confirmé que son gouvernement n’avait pas été impliqué dans les discussions initiales. L’essai reste suspendu dans l’attente d’un réexamen complet par les instances compétentes.

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