Le décès d’un étudiant survenu le 9 février 2026, lors d’affrontements sur le campus social, a entraîné la fermeture immédiate des lieux pour des raisons de sécurité. Au-delà de cette mesure conservatoire, cet événement tragique relance le débat sur la paralysie structurelle de l’université sénégalaise. Dans une tribune publiée par Le Quotidien, le Pr Abou Kane de la Faseg (Ucad) propose une révision drastique du modèle actuel pour sortir de l’impasse.
La situation décrite par l’universitaire est celle d’un « univers crypté » où toute projection sur deux ans est devenue impossible. Les perturbations cycliques ont fini par installer une incertitude permanente, affectant particulièrement les nouveaux bacheliers de 2025. Ces derniers, toujours en attente de démarrage de leur année universitaire, subissent de plein fouet le chevauchement des années académiques.
Pour le Pr Kane, la gestion actuelle s’apparente à celle d’une équipe jouant le maintien alors qu’elle devrait viser le titre, c’est-à-dire la normalisation du calendrier. Il préconise une « stratégie de contournement » fondée sur une rupture nette avec les habitudes en vigueur. L’objectif affiché est précis : permettre un démarrage synchronisé de l’année 2027/2028 au mois d’octobre, partout au Sénégal.
Cette normalisation passerait par une action coordonnée de toutes les universités sur une période de deux ans. L’enseignant suggère notamment le recours massif aux plateformes d’enseignement à distance pour absorber les retards, une méthode qui permettrait de contourner les obstacles physiques et temporels actuels.
L’universitaire appelle également l’État à prendre ses responsabilités sur le plan institutionnel. Cela implique une révision des règles d’orientation et des critères d’octroi des bourses. Il suggère la mise en place de nouvelles incitations pour promouvoir l’excellence, tout en rappelant que le droit aux études supérieures ne se limite pas aux seules universités publiques.
En interne, cette réforme exige une plus grande efficacité dans la gestion pédagogique au sein des facultés et des Unités de formation et de recherche (UFR). Le Pr Kane insiste sur la nécessité d’une participation effective de l’ensemble du corps enseignant, estimant que le potentiel offert par la diversité et la taille de l’effectif actuel est encore sous-exploité.
Les amicales d’étudiants sont invitées à intégrer la dimension du chevauchement des années dans leurs prises de décision, étant donné que les apprenants demeurent les principales victimes de ces dysfonctionnements. La réouverture du campus social, fermée au lendemain du drame pour éviter de nouveaux heurts, reste une urgence pour la reprise des activités pédagogiques, mais elle ne saurait, selon l’auteur, suffire sans une refonte globale du système.