En plein plaidoyer pour son retour à l’Union Africaine, le gouvernement soudanais lie son sort militaire à cette menace qui guetterait le continent

Alors que le conflit soudanais s’enlise dans sa troisième année, les regards diplomatiques se sont tournés jeudi vers Addis-Abeba, où se tenait une réunion cruciale du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA). Présent dans la capitale éthiopienne, le ministre soudanais des Affaires étrangères, Mohieldin Salem, a profité d’un entretien accordé à Al Jazeera pour redéfinir la nature de l’affrontement qui oppose l’armée régulière aux paramilitaires.

Pour le chef de la diplomatie soudanaise, la guerre contre les Forces de soutien rapide (FSR) dépasse largement le cadre d’une lutte de pouvoir interne. Selon Mohieldin Salem, les Forces armées soudanaises (FAS) agissent désormais comme un bouclier pour l’ensemble de la région face à des ingérences étrangères massives. Il décrit le conflit actuel comme une bataille contre une « conspiration » impliquant un grand nombre de mercenaires, des financements extérieurs et un armement sophistiqué.

« Au Soudan, nous protégeons les arrières de l’Afrique en affrontant cette conspiration », a-t-il déclaré, affirmant que la déstabilisation en cours ne vise pas uniquement Khartoum, mais l’intégralité du continent. Cette rhétorique vise à mobiliser un soutien accru de l’Union africaine, alors que le pays cherche à faire lever la suspension de son adhésion, en vigueur depuis le coup d’État d’octobre 2021.

La question des soutiens extérieurs reste au cœur des tensions diplomatiques. Le gouvernement soudanais accuse régulièrement les Émirats arabes unis d’armer et de financer les FSR, allant jusqu’à déposer une plainte devant la Cour internationale de Justice pour complicité de génocide. Abou Dhabi rejette catégoriquement ces allégations, un haut responsable émirati ayant réitéré jeudi que son pays ne fournit ni armes ni soutien logistique aux belligérants, se concentrant exclusivement sur l’aide humanitaire.

De son côté, l’Arabie saoudite, acteur influent dans la région, a condamné samedi les « ingérences étrangères » et l’afflux d’armes illégales, sans toutefois nommer explicitement les acteurs visés. Cette internationalisation du conflit se déroule sur fond de catastrophe humanitaire majeure : les combats ont déjà causé environ 40 000 morts et plongé près de la moitié de la population, soit plus de 21 millions de personnes, dans une situation d’insécurité alimentaire aiguë.

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