Le Secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a profité de la Conférence sur la sécurité de Munich pour clarifier la position de l’administration Trump vis-à-vis du Vieux Continent. Loin des invectives attendues, le chef de la diplomatie a opté pour une approche conciliante, tout en soulevant une problématique interne à l’Europe qu’il considère comme une menace existentielle pour l’Occident.
L’ambiance à Munich tranchait singulièrement avec les tensions passées. Là où le vice-président J.D. Vance avait, l’année précédente, heurté les alliés par des attaques directes, Marco Rubio a tenu un discours d’apaisement. Il a affirmé que Washington et l’Europe « vont ensemble », insistant sur la volonté américaine de voir une Europe forte et capable de survivre. Une main tendue qui s’accompagne toutefois d’une vision très précise du leadership : si les États-Unis préfèrent agir de concert avec leurs « amis » européens, ils se disent prêts, si nécessaire, à faire cavalier seul pour mener le « renouveau global » souhaité par Donald Trump.
Cependant, ce message d’unité s’est doublé d’une critique acerbe sur un volet sociétal spécifique. Selon les éléments rapportés par Al Jazeera, Marco Rubio a pointé du doigt la gestion migratoire européenne. Utilisant des termes particulièrement forts, il a mis en garde contre un « effacement civilisationnel » provoqué par l’immigration de masse, qualifiant ce phénomène de facteur « déstabilisant » pour l’Occident. Cette rhétorique fait écho aux positions régulièrement exprimées par le président américain, marquant une persistance des divergences idéologiques malgré le réchauffement diplomatique de façade.
Les réactions des dirigeants européens présents témoignent d’une prise de conscience de cette nouvelle dynamique. Le chancelier allemand Friedrich Merz a reconnu l’existence d’un « fossé » transatlantique, alimenté par des guerres culturelles, tout en appelant à réparer la confiance mutuelle. De son côté, Emmanuel Macron a réitéré la nécessité pour le continent de bâtir sa propre architecture de sécurité, estimant que c’était « le bon moment pour une Europe forte ». Le Premier ministre britannique Keir Starmer a quant à lui qualifié l’Europe de « géant endormi » qui doit réduire sa dépendance sécuritaire vis-à-vis des États-Unis.
Le dossier ukrainien a également occupé une place centrale dans les échanges en Bavière. Alors que la guerre entame sa cinquième année, Marco Rubio a rencontré Volodymyr Zelenskyy, bien que le Secrétaire d’État ait exprimé des doutes, lors de son intervention, sur le sérieux de la Russie concernant une fin du conflit. Cette rencontre intervient alors que Donald Trump a exhorté le président ukrainien à « bouger » pour obtenir un accord, affirmant que Moscou souhaitait négocier.
En marge des discussions sur l’Europe, Marco Rubio a abordé les relations avec les autres puissances. Concernant la Chine, il a souligné la responsabilité des États-Unis de gérer cette relation malgré des intérêts divergents. Sur le dossier iranien, il a admis que la préférence du président Trump pour un accord avec Téhéran restait un objectif « très difficile à atteindre ».