J’ai été profondément bouleversé, effondré et attristé par les incidents du lundi 9 février 2026 à l’UCAD, ponctués par mort d’homme.
La locution latine ‘lux mea lex’ (La lumière est ma loi) vole en éclat dans nos universités avec les violences physiques répétées, quelles soient d’origine estudiantine (vandalisme, saccages, intifada contre les forces de l’ordre…) ou policière (usage disproportionné de la force avec mort d’homme : Bassirou Faye, UCAD 2014; Mouhamadou Fallou Sène, UGB 2018; Alpha Yoro Tounkara et Prosper Senghor, UGB 2024; Abdoulaye Ba, UCAD 2026).
Ces violences sont à condamner avec énergie. Elles sont inacceptables et intolérables dans un État civilisé.
Certes, les étudiants ont une part de responsabilité quand ils saccagent les biens publics, provoquant de facto l’intervention des forces de l’ordre qui ont la mission d’assurer la sécurité des personnes et des biens.
Cependant, malgré ou à cause de la sensibilité de leur mission, les forces de sécurité doivent agir avec professionalisme et responsabilité en observant un équilibre entre impératif de sécurité et respect des droits humains, pour éviter les dérapages/répression dont nous avons été témoins le 9 février 2026.
Il s’est agi d’une véritable scène de guerre dont la zone d’action a été le campus social avec, d’un côté, des étudiants armés de grenades lacrymogènes, de cocktails molotov, de matériels contondants et de pierres, et de l’autre, des forces de l’ordre en posture de combattants impitoyables. Ce face à face s’est soldé par la mort tragique de l’étudiant Abdoulaye Ba.
Il est temps que ces errements cessent et définitivement.
Les bavures policières sont la résultante combinée d’un déficit de formation sur des règles d’engagement adaptées mais surtout en droit de l’homme, d’absence d’instructions claires encadrant le maintien de l’ordre, d’un stress prolongé et d’un manque de sang froid. Stress et manque de sang froid: c’est ce qui arrive quand les forces de sécurité engagées sont inexpérimentées (exemple des nouvelles recrues promptes à appuyer sur la gâchette).
En tout état de cause, violences et bavures sont évitables.
Les étudiants contribueront de manière significative à la pacification de l’espace universitaire en changeant leur modus operandi en termes de protestations, en ne recourant plus à la destruction ou dégradation délibérée et systématique de biens publics. Ce faisant, ils ôteront toute légitimité à une éventuelle intervention des forces de l’ordre. En outre, le ‘ngente tubab’ ou journée sans ticket doit disparaître de leur vocabulaire courant car injustifiable et amplificateur de crise.
Quant aux forces de sécurité, elles pourront réussir une mission de maintien de l’ordre sans bavure en redynamisant la formation et l’entraînement et en veillant sur le choix des hommes et femmes qui doivent avoir en bandoulière l’expérience et le sens des responsabilités. Des instructions claires de la hiérarchie sur l’usage de la force les y aideront.
L’État a un rôle crucial à jouer en étant de bonne foi et en agissant par anticipation sur les facteurs crisogènes.
La mort tragique du jeune Abdoulaye Ba—et la crise émotionnelle qu’elle provoque—doit servir de catharsis pour une université pacifiée, redevenue un espace de lumière et non un lieu d’obscurantisme.
Lux mea lex!
En espérant que toute la lumière soit faite sur cette tragédie, j’adresse mes condoléances émues à la famille de l’étudiant Abdoulaye Ba, à ses proches et à toute la communauté académique.
Abdourahim Kébé*
Un goor djiguene de pus