La capitale de l’Albanie, Tirana, a été le théâtre de violents affrontements ce vendredi. Des milliers de manifestants se sont heurtés aux forces de l’ordre pour exiger la démission immédiate du Premier ministre Edi Rama, dans un climat politique particulièrement tendu.
La situation a rapidement dégénéré aux abords du bureau du chef du gouvernement. Des jets de cocktails Molotov et de feux d’artifice ont visé le bâtiment officiel, entraînant une riposte de la police anti-émeute à l’aide de gaz lacrymogène et de canons à eau. Selon les éléments rapportés par la chaîne Al Jazeera, les heurts se sont poursuivis pendant environ deux heures dans les rues adjacentes au Parlement. Les autorités policières font état d’une trentaine d’arrestations, tandis que le Parti démocrate, principale formation de l’opposition, avance le chiffre de quarante sympathisants interpellés.
Ces scènes de violences urbaines s’inscrivent dans une série de mobilisations déclenchées par une procédure judiciaire majeure. En décembre dernier, la vice-Première ministre Belinda Balluku, une proche collaboratrice d’Edi Rama, a été inculpée par une unité spéciale du parquet. Suspendue de ses fonctions, elle est visée par une enquête pour corruption. Ce dossier vient s’ajouter à d’autres investigations visant d’anciens ministres du gouvernement actuel.
Dans les rangs des manifestants, qui brandissaient les drapeaux nationaux et ceux de l’opposition, les slogans réclamaient le départ et l’emprisonnement du Premier ministre. Sali Berisha, leader du Parti démocrate, a publiquement promis de « sauver l’Albanie » de la pauvreté et de la corruption, affirmant sa volonté de traduire les responsables en justice avec toute la rigueur de la loi. De son côté, la ministre de l’Intérieur, Albana Kociu, a fermement condamné ces actes, qualifiant les agressions contre les forces de l’ordre de crimes et de vandalisme.
Le Parti socialiste d’Edi Rama, qui a remporté un quatrième mandat consécutif l’année dernière, dispose d’une confortable majorité parlementaire. Alors que le pays ambitionne d’intégrer l’Union européenne d’ici 2030, la scène politique albanaise reste profondément fracturée par une rivalité historique entre la gauche et la droite, rythmée par des accusations mutuelles de corruption et de liens avec le crime organisé.