Les relations entre la République turque de Chypre du Nord (RTCN) et l’Union européenne traversent une nouvelle zone de turbulences. Des déclarations récentes émanant des plus hautes instances européennes, portant sur l’histoire de l’île, ont suscité de vives réactions de la part des autorités chypriotes turques.
Selon l’agence de presse Anadolu, le président de la RTCN, Tufan Erhurman, a fermement condamné jeudi les propos de la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola. Cette dernière a publiquement célébré l’anniversaire de la fondation de l’EOKA, une organisation chypriote grecque, qualifiant les actions de ses membres d’« héroïques » et saluant leur « courage et sacrifice » à l’occasion du 1er avril.
Dans un communiqué officiel, M. Erhurman s’est interrogé sur la conscience de Mme Metsola quant à la signification de cette organisation pour les Chypriotes turcs, soulignant que de telles positions sapent la confiance de l’un des « deux partenaires fondateurs égaux à Chypre ». Le Premier ministre de la RTCN, Unal Ustel, a pour sa part qualifié ce message de « scandale manifeste » et de « défaillance de la raison ». Il a rappelé que l’EOKA est associée, dans la mémoire de son peuple, à des violences et des attaques ciblant des civils dans les années 1950.
Les critiques de la présidence chypriote turque se sont également dirigées vers Ursula von der Leyen. La présidente de la Commission européenne avait récemment évoqué des avancées technologiques développées « à l’ombre des églises byzantines ». Tufan Erhurman a dénoncé cette formulation, demandant si la dirigeante européenne considérait que l’île se résumait uniquement à ces édifices, ignorant ainsi la partie nord et ses habitants. Il a invité l’Union européenne à revoir sa position et à mieux s’informer sur les réalités de l’île.
Fondée en 1955 par l’ancien militaire Georgios Grivas avec le soutien de l’archevêque Makarios III, l’EOKA avait pour objectif initial de mettre fin à la présence britannique et de rattacher Chypre à la Grèce. L’organisation armée a par la suite mené des attaques de masse visant à expulser les Chypriotes turcs, ainsi que des opérations contre les Chypriotes grecs opposés à sa ligne d’action.