Le paysage institutionnel burkinabè connaît un bouleversement majeur ce jeudi 29 janvier. Réuni en séance ordinaire, le Conseil des ministres a statué sur l’avenir des organisations politiques du pays, tirant les conséquences administratives et légales d’un modèle jugé inopérant par les autorités de la transition.
Le gouvernement a adopté un rapport validant un projet de décret portant dissolution des partis et formations politiques sur l’ensemble du territoire national. Cette décision, rapportée par Agence Afrique, marque une rupture définitive avec le système partisan en vigueur jusqu’ici.
Pour motiver cette mesure radicale, l’exécutif s’appuie sur un audit chiffré de la représentativité réelle des acteurs publics. Selon le communiqué officiel rendu public à l’issue du Conseil, le Burkina Faso comptabilisait officiellement 221 organisations (209 partis et 12 formations) en 2022. Or, les résultats des dernières élections législatives de novembre 2020 avaient mis en lumière un déséquilibre structurel : sur 125 entités ayant présenté des candidats, seules 15 avaient réussi à obtenir un siège parlementaire.
Aux yeux des autorités de Ouagadougou, ce « multipartisme illimité » couplé à un faible ancrage territorial a eu des effets délétères sur la nation. Le gouvernement pointe un système qui a « contribué à diviser les citoyens », « fragilisé le tissu social » et mis à mal le « vivre-ensemble », entravant par la même occasion un développement équilibré du territoire.
Cette dissolution s’inscrit dans la stratégie globale de « refondation de l’État » prônée par le régime militaire. Elle s’accompagne d’un second volet législatif immédiat : l’adoption d’un projet de loi abrogeant les textes qui encadraient jusqu’alors le financement des formations politiques ainsi que le statut du Chef de file de l’opposition. Le gouvernement estime que ces lois ont favorisé l’émergence de structures « sans idéologie ni représentativité significative », érodant la confiance des citoyens envers les institutions.
Il convient de rappeler que cette décision finalise un processus de mise à l’écart entamé il y a plus de deux ans. Fin septembre 2022, les activités des partis politiques avaient déjà fait l’objet d’une suspension, les autorités invoquant alors leur incapacité à remplir leurs missions régaliennes dans le contexte sécuritaire et politique du moment.