Le Sénégal vient de franchir une étape décisive dans la planification de son avenir social et économique. À la lumière des résultats définitifs du Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) de 2023, l’État a procédé à une révision stratégique de sa Déclaration de Politique de Population (DPP). L’objectif affiché est clair : transformer la structure démographique actuelle en levier de croissance avant que la fenêtre d’opportunité ne se referme.
La dynamique démographique du Sénégal impose une adaptation des politiques publiques. Ce jeudi 29 janvier, le ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération a officialisé la deuxième actualisation de la Déclaration de Politique de Population. Cette démarche, menée en collaboration avec le Fonds des Nations Unies pour la population (Unfpa), s’appuie sur une analyse rigoureuse des dernières données du recensement pour aligner les priorités nationales sur la réalité des chiffres.
Une transition démographique en accélération
Les données qui ont motivé cette mise à jour, relayées par notre confrère Sud Quotidien, dessinent le nouveau visage du Sénégal. La population est passée de 13 508 795 habitants en 2013 à 18 126 390 en 2023, affichant un taux d’accroissement annuel moyen de 2,9 %. Mais au-delà du nombre global, c’est la structure de cette population qui retient l’attention des planificateurs : 60,61 % des résidents ont moins de 25 ans.
L’indicateur le plus révélateur de cette mutation reste la baisse significative de l’Indice Synthétique de Fécondité (ISF). Alors qu’une femme avait en moyenne 6 enfants en 1992, ce chiffre est descendu à 4,0 en 2023. Cette baisse de la fécondité, couplée à la prédominance de la jeunesse, ouvre ce que les démographes appellent une fenêtre d’opportunité pour la capture du dividende démographique.
Un calendrier précis pour l’émergence
Selon les projections actuelles, cette fenêtre restera ouverte jusqu’en 2083, mais l’enjeu se joue bien plus tôt. Les autorités et l’Unfpa identifient un pic attendu à l’horizon 2035. C’est dans cet intervalle que les investissements dans le capital humain doivent être massifs pour transformer le poids du nombre en force productive.
Pour Mouhamadou Bamba Diop, secrétaire général du ministère de l’Économie, cette actualisation vise à doter le pays d’un capital humain de qualité. Il rappelle que si des progrès ont été notés en matière d’espérance de vie et de recul de la mortalité grâce aux Programmes quinquennaux d’actions, le rythme de croissance démographique exige une intensification des efforts.
L’alignement avec la Vision 2050
Cette nouvelle politique ne fonctionne pas en vase clos. Elle s’intègre directement au nouveau référentiel « Vision Sénégal 2050 » et servira de cadre à la Stratégie nationale de développement (2025-2029). Caroline Muller, représentante résidente adjointe de l’Unfpa, précise que la DPP viendra opérationnaliser l’axe 2 de cette stratégie nationale, focalisé sur le capital humain et l’équité sociale.
Historiquement, le Sénégal avait adopté sa première déclaration en avril 1988, révisée une première fois en 2002. Vingt ans plus tard, cette seconde actualisation marque la volonté de l’État de ne pas subir sa démographie, mais d’en faire le moteur principal de son développement futur.