Au terme d’un processus électoral décrié, l’ampleur de la domination législative revendiquée par le régime birman

Le long processus électoral entamé fin décembre en Birmanie vient de livrer ses résultats officiels. Dans un pays toujours en proie à une instabilité sécuritaire majeure, les médias d’État ont confirmé, entre jeudi et vendredi, la configuration de la nouvelle assemblée législative. Comme le laissaient présager les conditions d’organisation du scrutin, le parti soutenu par l’armée s’arroge une victoire massive, scellant ainsi l’avenir politique immédiat du pays.

Selon les données relayées par Al Jazeera, le Parti de l’Union, de la Solidarité et du Développement (USDP), vitrine politique des militaires, a remporté une majorité écrasante dans les deux chambres législatives. Les chiffres communiqués font état de 232 sièges remportés sur les 263 en jeu à la chambre basse. À la chambre haute, la tendance est identique, avec 109 sièges sécurisés sur les 157 résultats déjà annoncés.

Cette domination électorale ouvre la voie à un calendrier institutionnel précis. D’après les déclarations du porte-parole de la junte, Zaw Min Tun, rapportées par le groupe Eleven Media, le nouveau parlement devrait se réunir dès le mois de mars pour élire le président. L’installation du nouveau gouvernement est, quant à elle, programmée pour le mois d’avril.

Ce scrutin, qui s’est déroulé en trois phases, marque une étape supplémentaire quatre ans après le coup d’État qui a renversé le gouvernement élu d’Aung San Suu Kyi. La Ligue nationale pour la démocratie (LND), parti de l’ancienne dirigeante, ayant été dissoute, elle n’a pu prendre part à cette compétition électorale, à l’instar de plusieurs autres formations politiques.

Le contexte sécuritaire entourant ces élections reste particulièrement lourd. L’ONU rapporte qu’au moins 170 civils ont perdu la vie dans des frappes aériennes durant la période électorale, tandis que près de 400 arrestations ont été recensées. Volker Turk, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a souligné que pour une grande partie de la population, le choix de voter ou de s’abstenir a été dicté « purement par la peur ».

Sur le plan diplomatique, la crédibilité du processus est largement contestée. L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), bloc régional dont la Birmanie est membre, a indiqué qu’elle ne cautionnerait pas ce processus électoral. De son côté, le département d’État américain, bien que plus mesuré dans ses critiques sous la seconde administration Trump, a fait savoir qu’il surveillait la situation pour évaluer les prochaines étapes du régime militaire.

Il convient de noter que le système politique birman garantit constitutionnellement 25 % des sièges parlementaires à l’armée. Cette disposition assure aux militaires un contrôle continu sur les institutions, indépendamment de l’issue formelle des urnes et du transfert de pouvoir vers une administration civile prévu au printemps.

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