Au cœur des tensions avec Washington, le décompte officiel des victimes finalement admis par la télévision d’État iranienne

Les manifestations qui ont secoué l’Iran depuis la fin du mois de décembre ont donné lieu à une répression dont l’ampleur précise restait jusqu’ici sujette à caution. Alors que les organisations de défense des droits de l’homme alertent depuis des semaines sur la violence de la réponse étatique, les autorités de Téhéran gardaient le silence sur le coût humain de ces événements. Ce verrou informationnel vient de sauter avec la diffusion, par les canaux officiels, d’un premier bilan chiffré qui tente d’imposer une narration nationale face aux statistiques des observateurs extérieurs.

C’est par le biais de la télévision d’État que l’information a été communiquée. Selon nos informations, relayant les données d’Al Jazeera, les autorités iraniennes reconnaissent désormais la mort de 3 117 personnes durant les troubles qui ont embrasé le pays. Ce chiffre constitue la première admission officielle de l’ampleur des violences.

La Fondation des Martyrs, citée par Press TV, précise dans son communiqué que ce total inclut 2 427 victimes identifiées comme étant des civils et des membres des forces de sécurité. Cette présentation officielle qualifie les événements d’incidents « terroristes » et d’« émeutes » alimentés par les États-Unis, rejetant la nature politique de la contestation initiale liée au coût de la vie et à la dévaluation de la monnaie.

Une guerre des chiffres avec les ONG

Ce bilan officiel contraste fortement avec les données recueillies par les observateurs indépendants. L’agence de presse des militants des droits de l’homme (HRANA), basée aux États-Unis, avance un bilan nettement plus lourd de 4 519 morts. Le détail fourni par cette organisation fait état de 4 251 manifestants tués, ainsi que 197 membres des forces de sécurité. Le rapport mentionne également la mort de 35 mineurs et de 38 passants sans lien avec les protestations.

L’écart pourrait être encore plus significatif, HRANA indiquant que plus de 9 000 autres décès sont actuellement en cours d’examen. De son côté, Amnesty International a documenté des méthodes de répression létales, rapportant que les forces de sécurité, positionnées sur les toits et dans les rues, ont fait usage de tirs directs visant souvent la tête et le torse des individus non armés.

L’ombre d’une escalade militaire avec Washington

Cette crise interne se double d’une tension géopolitique majeure. Le président américain Donald Trump a menacé d’intervenir, déclarant dans une interview à News Nation que l’Iran serait « rayé de la surface de la terre » en cas de tentative d’assassinat contre sa personne. Une rhétorique belliqueuse qui inquiète les voisins de l’Iran : l’Arabie saoudite, le Qatar et Oman auraient activement fait pression sur Washington pour éviter une attaque militaire.

Face à ces menaces, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a averti via une tribune que Téhéran ne ferait preuve d’aucune retenue en cas d’agression. Il a promis une confrontation « féroce » qui s’étendrait bien au-delà des délais anticipés par Israël ou la Maison Blanche, soulignant que les forces armées iraniennes utiliseraient l’ensemble de leurs capacités pour riposter.

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