La situation sécuritaire au Soudan connaît une évolution préoccupante qui modifie la physionomie du conflit en cours depuis près de trois ans. Lors de son intervention devant le Conseil des droits de l’homme à Genève ce lundi, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Turk, a dressé un tableau sombre de la guerre qui oppose les Forces armées soudanaises (FAS) aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR). Au-delà de l’extension géographique des combats, c’est l’introduction d’une nouvelle dynamique opérationnelle qui alarme particulièrement les observateurs internationaux.
Le conflit, qui a longtemps ravagé la région occidentale du Darfour, s’étend désormais vers le centre du pays, faisant du Kordofan la nouvelle ligne de front. Selon les informations relayées par Al Jazeera, cette expansion s’accompagne d’un changement tactique majeur identifié par les services onusiens : l’utilisation croissante et systématique de « systèmes d’armement par drones avancés » par les deux parties belligérantes. Cette évolution technologique dans les affrontements a des conséquences directes et meurtrières sur les populations non combattantes.
Les données présentées par le Haut-Commissariat sont explicites. Entre fin janvier et le 6 février, les frappes de drones menées tant par les FSR que par l’armée régulière ont causé la mort de plus de 90 civils et fait 142 blessés. Volker Turk a précisé que malgré la rupture des sièges de Kadugli et Dilling par les forces armées et leurs alliés, les attaques aériennes se poursuivent sans relâche. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a corroboré ces faits en rapportant trois frappes spécifiques sur des établissements de santé au Kordofan du Sud la semaine dernière, entraînant à elles seules 31 décès.
La violence de ces vecteurs aériens touche indifféremment les infrastructures et les convois de déplacés. Le Syndicat des médecins soudanais a signalé qu’une attaque de drone attribuée aux FSR a frappé, le 7 février, un véhicule transportant des familles dans le centre du Soudan, tuant au moins 24 personnes, dont huit enfants. Outre les pertes humaines directes, ces frappes répétées visent également des infrastructures critiques, comme le barrage de Merowe et sa centrale hydroélectrique, perturbant gravement l’approvisionnement en eau et en électricité pour une large part de la population.
Ce déplacement du centre de gravité de la guerre vers le Kordofan ne doit pas occulter la situation au Darfour. Le responsable onusien a rappelé les atrocités commises à El-Fasher, capitale du Darfour du Nord, tombée aux mains des FSR en octobre après un long siège. Volker Turk a souligné que la responsabilité de ces crimes incombe « directement aux FSR et à leurs alliés », tout en avertissant que l’inaction de la communauté internationale face à cette escalade technologique et géographique ne ferait qu’aggraver la catastrophe humanitaire.