Le Portugal a tourné une page politique majeure ce dimanche en élisant un nouveau chef de l’État issu des rangs socialistes. Si le verdict des urnes marque un net rejet de l’extrême droite, le déroulement du scrutin a été lourdement impacté par des circonstances climatiques dramatiques ayant empêché des milliers d’électeurs d’accomplir leur devoir civique.
C’est un retour au pouvoir pour la gauche portugaise après dix années de présidence conservatrice sous Marcelo Rebelo de Sousa. António José Seguro, candidat du Parti socialiste, a remporté le second tour de l’élection présidentielle avec une avance confortable, selon les résultats officiels relayés par l’agence Anadolu. Cette victoire intervient pourtant dans un climat national endeuillé et une situation sociale tendue.
Une victoire large dans un contexte meurtrier
Les chiffres officiels créditent António José Seguro de 66,6 % des suffrages, contre 33,3 % pour son rival d’extrême droite, André Ventura. Ce score, qui traduit arithmétiquement un plébiscite, doit être lu à la lumière d’une abstention élevée, avoisinant les 49 %.
Le scrutin s’est tenu dans des conditions particulièrement difficiles. De violentes intempéries ont frappé le pays, causant la mort de quatorze personnes et faisant plus d’un millier de déplacés. Les autorités ont indiqué qu’au moins 37 000 électeurs ont été matériellement empêchés de se rendre aux urnes en raison de ces perturbations. Ces catastrophes naturelles ont d’ailleurs mis en exergue, selon plusieurs observateurs, des faiblesses dans la gestion des urgences par l’État.
Le profil du nouveau président et les défis institutionnels
Âgé de 63 ans, António José Seguro effectue un retour remarqué sur la scène politique. Ancien secrétaire général du Parti socialiste, il s’était retiré de la vie publique en 2014 pour devenir commerçant et enseignant. Durant cette campagne, il s’est positionné comme un candidat de « consensus » et de stabilité, mettant en avant son attachement à l’État de droit et à l’héritage de la révolution des Œillets de 1974.
Sa victoire présente toutefois un paradoxe politique. Si le candidat socialiste accède à la présidence, sa formation politique demeure en difficulté à l’Assemblée de la République, où elle a été devancée par le parti Chega d’André Ventura lors des législatives de 2025. Le nouveau président devra composer avec ce rapport de force, sachant qu’il dispose de prérogatives importantes, telles que le pouvoir de dissoudre le Parlement ou d’opposer son veto aux lois.
Réactions et perspectives internationales
Sur le plan international, l’élection a été rapidement saluée par Paris. Le président français Emmanuel Macron a adressé ses félicitations à son nouvel homologue via le réseau social X, appelant à une Europe « plus compétitive, plus souveraine et plus forte ». La France a également réitéré sa volonté de renforcer la coopération bilatérale dans le cadre du traité d’amitié signé à Porto.
Malgré sa défaite, André Ventura a estimé que le résultat de son parti, présent au second tour, confirmait l’ancrage durable de l’extrême droite dans le paysage politique portugais. António José Seguro prendra ses fonctions dans un pays confronté à des défis structurels majeurs, notamment une crise du logement aiguë, la pauvreté touchant près de deux millions d’habitants et l’émigration d’une partie de la jeunesse qualifiée.