C’est une réponse qui emprunte le chemin de l’analyse historique plutôt que celui de l’invective directe. Alors que les relations transatlantiques se tendent brusquement autour de la question du Groenland, le chef de la diplomatie française a choisi une tribune académique pour répondre aux pressions économiques exercées par la future administration américaine. Sans nommer explicitement le président élu des États-Unis, Jean-Noël Barrot a dressé lundi un parallèle saisissant entre les ambitions territoriales actuelles et l’effondrement des empires passés.
La séquence diplomatique s’est accélérée ce week-end avec l’annonce par Donald Trump de nouveaux droits de douane ciblant spécifiquement la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Cette mesure de rétorsion économique est directement liée au refus du Danemark de céder sa souveraineté sur le Groenland, territoire arctique riche en ressources que Washington convoite ouvertement. C’est dans ce contexte de bras de fer que le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères s’est exprimé devant l’Académie des Sciences Morales et Politiques à Paris.
Selon les propos relayés par l’agence Anadolu, Jean-Noël Barrot a développé une critique de fond des « logiques de domination ». Pour le ministre, les stratégies d’expansion, bien qu’apparemment démonstrations de force, constituent en réalité des « aveux de faiblesse ». Il estime que les puissances qui cèdent à une « pulsion de recolonisation » ou au néocolonialisme exposent avant tout leurs propres vulnérabilités internes.
L’argumentation française repose sur le concept d’hubris, cette démesure qui, historiquement, précède la chute. « Chaque fois qu’une nation a cherché à étendre démesurément son influence, son empreinte économique ou son territoire au détriment des autres, elle a fini par tout perdre », a martelé le ministre. Une mise en garde qui résonne directement avec les tentatives américaines d’acquisition du territoire autonome danois.
Sur le plan strictement économique, Paris maintient également une ligne de fermeté face aux menaces tarifaires. Jean-Noël Barrot a rappelé qu’il n’y a « jamais de gagnant » dans une guerre commerciale, renvoyant les partisans de « l’effacement de la civilisation européenne » à l’analyse de leur propre fragilité. Cette prise de position marque une volonté de l’Europe de ne pas céder aux intimidations basées sur des revendications territoriales jugées anachroniques par les chancelleries du vieux continent.