Le Premier ministre britannique Keir Starmer, en déplacement au Japon, a abordé l’épineux dossier des relations entre le défunt financier Jeffrey Epstein et le duc d’York. Alors que la justice américaine procède actuellement à une divulgation massive de documents liés à cette affaire de trafic sexuel, le chef du gouvernement a défini sans ambiguïté la ligne de conduite attendue de la part d’un membre de la famille royale, plaçant la question des victimes au centre des priorités diplomatiques et judiciaires.
Interrogé par les journalistes à la fin de sa visite officielle, Keir Starmer a tenu des propos rapportés par Al Jazeera, suggérant fermement que le statut d’ancien prince ne saurait soustraire Andrew Mountbatten-Windsor aux requêtes des enquêteurs américains. « Quiconque détient des informations doit être prêt à les partager, sous quelque forme que ce soit », a déclaré le dirigeant britannique.
Pour le Premier ministre, cette collaboration est indissociable du respect dû aux plaignantes. « Vous ne pouvez pas être centré sur les victimes si vous n’êtes pas prêt à faire cela », a-t-il ajouté, précisant que « les victimes d’Epstein doivent être la priorité absolue ». Concernant la nécessité d’excuses publiques de la part du frère du Roi Charles III, M. Starmer a estimé que cette décision relevait de la responsabilité personnelle de l’intéressé.
**Une pression accrue par la déclassification massive**
Cette sortie médiatique intervient dans un contexte de transparence accrue outre-Atlantique. Le ministère américain de la Justice a annoncé la publication de plus de trois millions de pages de documents, accompagnées de 2 000 vidéos et 180 000 images. Ces éléments, collectés durant deux décennies d’enquêtes sur le financier décédé en prison en 2019, visent à faire la lumière sur son vaste réseau.
Andrew Mountbatten-Windsor, déchu de ses titres l’année dernière en raison de ses liens avec Jeffrey Epstein, a jusqu’ici ignoré les demandes de la commission de surveillance de la Chambre des représentants des États-Unis, qui sollicitait un « entretien transcrit » sur sa « longue amitié » avec le milliardaire. L’ancien prince a toujours nié tout acte répréhensible.
**Des répercussions internationales immédiates**
La publication de ces archives a déjà provoqué des secousses politiques en Europe. Miroslav Lajcak, responsable slovaque et ancien président de l’Assemblée générale des Nations Unies, a quitté ses fonctions après que des courriels ont révélé des invitations à dîner avec Epstein en 2018. Bien que Lajcak ait affirmé que ces contacts relevaient de ses fonctions diplomatiques et qu’il n’ait été accusé d’aucun acte illégal, la simple association a suffi à précipiter son départ.
Les fichiers mettent également en lumière des correspondances entre le bureau d’Epstein et diverses personnalités de premier plan, dont Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump, ainsi que des figures du monde des affaires comme Bill Gates et Elon Musk.
Cependant, la méthode de divulgation suscite des critiques. Un groupe d’accusatrices a déploré, dans une déclaration, que les documents permettent trop facilement d’identifier les victimes plutôt que les complices. « En tant que survivantes, nous ne devrions jamais être celles qui sont nommées, scrutées et retraumatisées alors que les facilitateurs d’Epstein continuent de bénéficier du secret », ont-elles souligné.